Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Il a quitté samedi la Russie après une visite de 24 jours destinée à améliorer son image, et dont le principal résultat est la décision de rétablir une voie ferroviaire entre Corée du Nord et Corée du Sud, qui permettra également de relier Moscou à Séoul. Ainsi, son premier séjour à l’étranger – exception faite de la Chine voisine – en tant que dirigeant de la Corée du Nord a été placé à double titre sous le signe du rail, puisqu’il a effectué un périple ferroviaire de 20 000 kilomètres à bord d’un train blindé, l’homme fort de Pyongyang ayant, semble-t-il, la phobie de l’avion. L’accord conclu porte notamment sur la modernisation d’une voie de 930 km longeant la côte est de la Corée du Nord. Les travaux et l’exploitation de la ligne seront pris en charge par la Russie qui formera le personnel nord-coréen. Les Russes espèrent toutefois que Séoul contribuera financièrement à l’opération, faisant valoir que le rétablissement de cette ligne réduira le coût et le temps nécessaire pour acheminer des marchandises de Corée du Sud jusqu’en Europe occidentale. Ce résultat concret devrait aider à améliorer l’image du dirigeant nord-coréen, dont le pays connaît des difficultés économiques et de graves pénuries alimentaires. Sur le plan intérieur, le dernier dirigeant stalinien de la planète pourrait aussi profiter de la dimension symbolique de son voyage sur les traces de son père, vénéré comme un dieu, selon les spécialistes de la péninsule. En Russie, sa visite a soulevé des réactions mitigées. Elle a fortement rappelé un passé remontant aux années 1950 : dispositif de sécurité à la limite de l’aberration, trains bloqués pendant des heures pour laisser passer le convoi nord-coréen, petites filles en costume folklorique offrant des fleurs et chants à la gloire du «cher visiteur». Ce dernier a cependant cherché à se montrer décontracté, manifestant un vif intérêt pour la cuisine russe et les vins géorgiens. Du côté du Kremlin, la visite de Kim Jong-Il s’inscrit dans l’orientation imprimée par M. Poutine et visant à rétablir des relations étroites avec les anciens alliés de l’URSS tout en développant un dialogue avec Washington. Cependant, le bénéfice tiré à cet égard de la visite du dirigeant de Pyongyang semble relatif. Washington considère la Corée du Nord, au même titre que l’Iran ou l’Irak, comme un État «voyou» dont le caractère «imprévisible» justifie à ses yeux le projet américain de bouclier antimissile. Le président Poutine n’a rien obtenu de nouveau de Kim Jong-Il qui a répété que son programme de missiles était «pacifique» et a confirmé le respect d’un moratoire sur les tests de missiles balistiques jusqu’en 2003. Enfin, par ricochet, la visite a attiré l’attention sur le sort des Nord-Coréens travaillant dans les forêts de l’Extrême-Orient russe dans des camps aux conditions très dures, surveillés par des officiers de leur pays. Moscou a démenti que Pyongyang rembourse sa dette en lui fournissant de la main-d’œuvre gratuite. Avant la visite, la Corée du Nord a accepté de régler sur les trente prochaines années 5,5 milliards de dollars de dette datant de la période de l’URSS.
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