Les funérailles de 10 militaires macédoniens tués mercredi dans une embuscade tendue par la guérilla albanaise de l’UCK se sont déroulées vendredi, au cours de plusieurs cérémonies, dans une atmosphère chargée d’émotion et de colère. Huit réservistes de l’armée et deux officiers ont été tués dans cette attaque meurtrière, et la plupart des victimes étaient originaires de Prilep (sud) et des villages de la région. À Prilep, en début d’après-midi, plusieurs milliers de personnes, massées sur les trottoirs, attendaient de bonne heure le passage du cortège funéraire d’un des deux officiers tués. Les voitures et les autobus arboraient des rubans noirs en signe de deuil, alors que sur les devantures des commerces, dans le centre-ville, des photographies des dix victimes étaient apposées. La douleur, mais aussi la colère étaient encore plus grandes après l’annonce de la mort vendredi matin de sept autres membres des forces macédoniennes dans l’explosion de deux mines antichar à Ljubanci, à une quinzaine de kilomètres au nord de Skopje. Soudain, lors de l’apparition du cortège funéraire, la foule a exprimé sa sympathie en se mettant spontanément à applaudir. Des femmes pleuraient alors que certains hommes se tenaient en garde à vue. «Dieu, prends l’âme de ton serviteur et conduis-le dans un endroit où il n’y a ni haine ni souffrance», chantait un pope orthodoxe devant le cercueil enveloppé dans le drapeau macédonien de l’officier Nane Naumovski, 48 ans. Des membres de la famille et des centaines de personnes endeuillées participaient à cette cérémonie, sous une chaleur accablante, dans un cimetière de la banlieue de Prilep. «Nane, tu es un héros qui a donné sa vie pour notre mère patrie, la Macédoine», a proclamé un officier. «La patrie ne t’oubliera jamais», a-t-il ajouté avant la mise en terre du cercueil. Une garde militaire, formée d’une vingtaine de soldats en uniformes de camouflage et casques métalliques sur la tête, a présenté les honneurs en tirant trois salves de Kalachnikov. Dans la ville, la mort, vendredi, des sept autres militaires macédoniens était sur toutes les lèvres, ainsi que l’enlèvement de six civils macédoniens, jeudi, par des rebelles dans la région de Tetovo (nord-ouest). Un groupe de jeunes gens robustes, en maillots de corps noirs, échangeaient les dernières informations sur les combats entre forces macédoniennes et rebelles à Tetovo. Le centre-ville porte encore les traces des actes de vengeance perpétrés après la mort des militaires originaires de Prilep. La mosquée de la ville, située à une trentaine de mètres d’une église orthodoxe, n’est plus qu’une ruine aux murs calcinés. Son minaret a été décapité dans l’incendie, provoqué par des manifestants macédoniens en colère. «Si parmi les militaires morts aujourd’hui, il y a des gens de Prilep, ce soir il y aura un massacre», contre les Albanais, avertit un jeune au crâne rasé. La police a instauré depuis mercredi dans la ville un couvre-feu entre 21h00 heure locale et 05h00 heure locale (19h00 et 03h00 GMT) dans le but d’«assurer le maintien de l’ordre». La communauté albanaise est «insignifiante» à Prilep, ville de 100 000 habitants environ. Jeudi, le ministre macédonien de la Défense, Vlado Buckovski, avait exhorté ses compatriotes au calme afin d’éviter une guerre civile dans le pays. Les forces macédoniennes combattent depuis six mois l’UCK et l’escalade de la violence met en danger la signature d’un accord de paix entre Macédoniens et Albanais annoncée pour lundi.
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