Des indemnisations aux survivants ukrainiens des camps nazis et du travail forcé en Allemagne ont été versées lundi à Kiev à 14 premières victimes, plus de 55 ans après la chute du régime hitlérien. Lors d’une cérémonie présidée par le Premier ministre ukrainien Anatoly Kinakh, ces 14 Ukrainiens ont reçu chacun un dédommagement en liquide des mains du président de la Fondation allemande Souvenir, responsabilité et avenir, Michael Jansen. «Nous les Allemands reconnaissons notre responsabilité. Mais on ne peut évidemment pas compenser les années qu’on leur a volées», a déclaré M. Jansen. «Prenez ces compensations comme un geste de bonne volonté», a-t-il poursuivi devant une centaine de journalistes et officiels allemands et ukrainiens réunis dans les locaux de la banque PromInvest qui sera chargée de distribuer les indemnités, sous la supervision de la Banque nationale d’Ukraine. PromInvest a déjà distribué depuis 1995 un total de 132,9 millions de DM d’indemnités allemandes à 233 000 personnes en Ukraine, selon un communiqué de cette banque. Grygory Sagaïdak, 76 ans, survivant du camp de la mort de Mauthausen en Autriche, va cette fois toucher des indemnités de 15 000 DM (environ 7 650 euros) en deux tranches, qui lui serviront à publier ses mémoires à comptes d’auteur. «Cet argent est insuffisant et arrive beaucoup trop tard», a de son côté relevé Iosip Krakovstky, un autre ancien déporté âgé de 67 ans. «Beaucoup des victimes sont déjà mortes depuis longtemps», a-t-il encore déclaré après la cérémonie. Au total, près de 477 000 Ukrainiens recevront des compensations allant de 1 500 à 15 000 DM (765 à 7 650 euros), selon leurs conditions de détention. Ces fonds – d’un montant total de 1,724 milliard de DM (879 millions d’euros) – seront apportés à part égale par l’État et les entrepreneurs allemands. «Cet événement est très important financièrement, mais c’est aussi un pas symbolique qui confirme que les principes des droits de l’homme prennent petit à petit le dessus en Europe», a commenté le Premier ministre ukrainien Anatoly Kinakh, tout en promettant de veiller à la bonne distribution des compensations. Un ancien haut responsable ukrainien, Igor Didenko, avait été arrêté en juillet à Francfort dans le cadre d’une affaire portant sur le détournement de plus de 87 millions de DM (plus de 40 millions d’euros) versés par l’Allemagne au début des années 90 pour les victimes de guerre. Entre 700 000 et jusqu’à 1,5 million de victimes encore en vie, la plupart originaires d’Europe de l’Est (Russie, Ukraine, Belarus, Pologne, République tchèque), peuvent prétendre à des dédommagements pour avoir été déportées ou contraintes au travail forcé par l’industrie de guerre allemande. Les dédommagements ont déjà commencé en République tchèque et en Pologne. «Ces victimes ont attendu longtemps. Même si aujourd’hui des compensations sont payées, l’affaire n’est pas close, a souligné M. Jansen. Nous n’avons pas l’intention de tirer un trait moral et politique. On ne peut pas oublier l’histoire».
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