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Actualités - Chronologies

Dur retour au village pour les Kurdes, après la guerre

Écrasé sous un soleil de plomb entre des champs de blé, le village de Schaklat, en plein sud-est de la Turquie, à majorité kurde, renaît péniblement de ses ruines, après 15 ans de conflit armé entre la rébellion kurde et l’État turc. Évacué en 1994 après plusieurs attaques du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et complètement détruit, il reprend lentement forme et vie depuis un an. Plusieurs familles travaillent sous la canicule à relever leur ancienne maison, pierre par pierre. Des petites bâtisses neuves en béton à toit plat poussent timidement entre les ruines. Le muhtar (maire), Hasan Yalçin , 64 ans, robuste moustachu aux cheveux blancs et aux yeux clairs – trois femmes, 21 enfants et un 22e en route, précise-t-il fièrement – reçoit les visiteurs : militaires, kaymakam (préfet), journalistes. «Tout le monde est content d’être rentré, la vie est redevenue comme il y a 50 ans», assure-t-il devant les officiels. Schaklat, à 60 km au nord-est de Diyarbakir, la capitale régionale, vivait alors confortablement, exportant son bétail vers les pays arabes. Une centaine de familles, sur les 250 que comptait le village, sont revenues de Diyarbakir, de Mersin (sud) ou d’Istanbul, depuis le feu vert des autorités en juin 2000. Les villageois ont reçu une aide sous forme de bétail, ciment, bois pour reconstruire, explique le maire. Mais elle ne suffit pas pour les plus démunis, dont certains n’ont pas même assez d’argent pour revenir s’installer depuis Diyarbakir, souligne-t-il. Le village a été raccordé au réseau électrique, l’eau vient de sources. Le retour dans les villages est étroitement encadré par le gouvernement depuis l’arrêt des hostilités proclamé en septembre 1999 par le PKK. Selon Gokhan Aydiner, qui supervise la région, près de 200 villages et hameaux avaient ainsi accueilli fin mai 2 665 familles, soient 16 100 personnes en dix mois. Schaklat est l’un des quelque 3 000 villages et hameaux détruits dans le cadre de la lutte de l’armée contre le PKK, selon les organisations de défense des droits de l’homme. Le nombre de personnes déplacées dans le sud-est, de gré ou de force, varie selon les estimations entre 600 000 et 2 millions, sur une population de 4 à 5 millions avant le conflit. Officiellement, quelque 3 500 villages ont été évacués et 378 000 villageois déplacés. L’armée, omniprésente dans la province qui reste sous état d’urgence depuis 1987, s’affaire aussi à Schaklat aux finitions d’une mosquée, bâtiment de loin le plus imposant. «La vie est très dure, aussi dure que lorsque nous habitions en ville. Nous ne pouvons que manger et survivre», glisse Servet Yalçin, une fois éloigné le commandant militaire. Avant, il vivait à Diyarbakir et joignait de justesse les deux bouts pour nourrir sa famille de 6 personnes avec un travail saisonnier – récolte du coton ou des pistaches l’été – qui permettait de passer l’hiver, puis il empruntait au printemps pour pouvoir tenir. «On dépense toute notre énergie à bâtir des maisons, nous n’avons pas d’argent. Un de mes enfants s’est cassé une dent, je n’ai pas pu le faire soigner», explique-t-il. «Nous avons besoin d’aide, nous espérons une aide de l’Europe, lance-t-il. Si rien ne vient, il n’y aura pas de différence entre notre vie ici et en ville». Un espoir d’autant plus lié à l’étranger que le développement du sud-est, promis par Ankara après la capture du chef du PKK Abdullah öcalan, ne s’est toujours pas concrétisé. Et une aide à cette région rétive, traditionnellement délaissée par le pouvoir central, devient encore plus hypothétique avec la grave crise économique que traverse le pays.
Écrasé sous un soleil de plomb entre des champs de blé, le village de Schaklat, en plein sud-est de la Turquie, à majorité kurde, renaît péniblement de ses ruines, après 15 ans de conflit armé entre la rébellion kurde et l’État turc. Évacué en 1994 après plusieurs attaques du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et complètement détruit, il reprend lentement forme et vie depuis un an. Plusieurs familles travaillent sous la canicule à relever leur ancienne maison, pierre par pierre. Des petites bâtisses neuves en béton à toit plat poussent timidement entre les ruines. Le muhtar (maire), Hasan Yalçin , 64 ans, robuste moustachu aux cheveux blancs et aux yeux clairs – trois femmes, 21 enfants et un 22e en route, précise-t-il fièrement – reçoit les visiteurs : militaires, kaymakam (préfet), journalistes....