Les États-Unis, en refusant de ratifier le protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique, prennent le risque d’un isolement coûteux à long terme sur la scène internationale, sans compter l’avalanche de critiques auxquelles doit déjà faire face George W. Bush dans l’opinion publique et au Congrès. Même si les 178 pays ayant pris part lundi à l’accord de Bonn ont laissé la porte ouverte à un possible ralliement des États-Unis, cette perspective semble très improbable dans un proche avenir, notent des experts. «La pression internationale ne sera probablement pas suffisante pour faire changer d’avis à cette administration. Ce qui fera certainement la différence, ce sont les réactions du public et du Congrès», estime Eileen Claussen, présidente du Pew Center on Global Climate Change, une organisation indépendante de recherches basée à Arlington (Virginie). M. Bush avait annoncé en mars son intention de ne pas ratifier le protocole de Kyoto et son refus d’assujettir les industriels à des limites contraignantes concernant les rejets de gaz carbonique (CO2) dans l’atmosphère. Il invoquait pour cela «l’injustice» que constituait la non-participation sur une base obligatoire et égalitaire des pays en développement à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ainsi que l’impact négatif supposé sur la croissance économique. «Les gens qui ont conseillé cette administration en lui disant qu’elle pouvait se retirer du protocole de Kyoto et que cela ferait capoter l’ensemble de l’accord ont commis une erreur : les gens sont très préoccupés par le réchauffement du climat, tant à l’étranger qu’ici», souligne Mme Claussen. Du coup, après l’annonce d’un accord à Bonn, la Maison-Blanche a semblé gênée aux entournures, se contentant de réaffirmer laconiquement que M. Bush lancerait «dès que possible» ses propres «idées» sur la question. Idem au département d’État, où l’on s’est borné à réitérer que les États-Unis voulaient trouver «une forme de solution qui soit scientifiquement fondée, écologiquement efficace et économiquement durable» pour lutter contre le réchauffement de la planète. De fait, l’accord sur Kyoto devrait considérablement accroître la pression sur l’Administration Bush et la contraindre à mettre au point une «stratégie alternative plausible», sous la double pression des démocrates au Congrès et des milieux d’affaires, notait mardi le New York Times. L’influent sénateur démocrate du Connecticut, Joseph Lieberman, a ainsi stigmatisé l’isolement des États-Unis. «Parce que le président Bush a choisi de tourner le dos au reste du monde sur cette question cruciale, il a fait de nous un pays de renégats (...) et fait en sorte que les intérêts américains ont été ignorés dans l’élaboration de l’accord», a-t-il dit. «Cet accord va nous coûter cher sur le long terme et il nous coûte déjà cher en termes de crédibilité», a prévenu de son côté le sénateur du Massachusetts, John Kerry. Les milieux d’affaires s’inquiètent également qu’en l’absence de limites contraignantes les entreprises ne prennent du retard à investir dans les technologies propres. Par ailleurs, comme l’a relevé le vice-président de l’Association nationale de l’industrie manufacturière (NAM), Mark Whitenton, certaines dispositions du protocole sont susceptibles de nuire aux multinationales américaines, contraintes d’opérer selon des règles différentes chez elles et à l’étranger. Au final, l’Administration Bush, qui souffre déjà d’une image déplorable dans l’opinion sur la question de l’environnement, devra rejoindre d’une manière ou d’une autre l’effort mondial contre le réchauffement climatique, souligne Mme Claussen. «Les États-Unis vont devoir prendre des mesures chez eux, avant de pouvoir réintégrer le processus international de négociations : il en va de leur crédibilité, prédit-elle, en notant qu’il existe un important soutien au Congrès en faveur d’une législation sur la réduction des émissions de gaz carbonique».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les États-Unis, en refusant de ratifier le protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique, prennent le risque d’un isolement coûteux à long terme sur la scène internationale, sans compter l’avalanche de critiques auxquelles doit déjà faire face George W. Bush dans l’opinion publique et au Congrès. Même si les 178 pays ayant pris part lundi à l’accord de Bonn ont laissé la porte ouverte à un possible ralliement des États-Unis, cette perspective semble très improbable dans un proche avenir, notent des experts. «La pression internationale ne sera probablement pas suffisante pour faire changer d’avis à cette administration. Ce qui fera certainement la différence, ce sont les réactions du public et du Congrès», estime Eileen Claussen, présidente du Pew Center on Global Climate Change, une organisation...