Des milliers de policiers italiens ont bouclé hier matin le centre historique de Gênes, délimitant une «zone rouge» instaurée pour le sommet du G8 de ce week-end afin d’empêcher des manifestations de militants antimondialisation. Barricades de béton, grilles d’acier et parois antiballes ont été érigées ces derniers jours à tous les accès de ce quartier de 4 km2 où se trouve le palais ducal du XIIIe siècle qui abritera les discussions des dirigeants des sept pays les plus industrialisés plus la Russie. À partir de 07h00 (05h00 GMT), seuls les habitants du quartier et les personnes munies d’un laissez-passer officiel étaient autorisés à franchir les cordons de police, après une fouille des sacs en bonne et due forme. Après le colis piégé qui avait blessé lundi un carabinier à Gênes, un engin explosif similaire a explosé mercredi à Milan dans les locaux de la chaîne de télévision Rete 4, propriété du président du Conseil Silvio Berlusconi. Souffrant de brûlures légères et de commotions, la secrétaire qui a ouvert le colis a été hospitalisée. Plus de 100 000 manifestants sont attendus dans la cité ligure et quelque 20 000 policiers venus de toute l’Italie ont été dépêchés à Gênes pour maintenir les protestataires à l’écart de la «zone rouge» et prévenir les incidents qui émaillent les sommets des dirigeants économiques et politiques de la planète depuis Seattle en décembre 1999. La plupart des organisations antimondialisation prônent la non-violence mais les autorités craignent qu’une poignée d’activistes veuillent en découdre avec la police. Le leader des «Tute bianche» (salopettes blanches), un groupe radical italien de désobéissance civile, Luca Casarini, a toutefois dit que des milliers de manifestants tenteraient d’empêcher la tenue du sommet. «Ils tenteront de nous arrêter, mais nous continuerons notre mouvement, a-t-il déclaré. Nous ne demandons rien au G8. Nous voulons simplement l’arrêter». Les incidents lors du sommet européen de Göteborg en juin, qui avaient poussé une police suédoise débordée à la limite de la panique, restent dans tous les esprits. Rues désertes Le choix de Gênes, une ville aux ruelles tortueuses construite sur un terrain escarpé, ne facilite pas la tâche du gouvernement italien qui veut malgré tout relativiser le problème de la sécurité. «Le G8 ne peut se réduire à une histoire d’ordre public. C’est un événement positif qui met en jeu la crédibilité de l’Italie aux yeux du monde», a déclaré mardi le ministre de l’Intérieur Claudio Scajola devant le Parlement. Scajola a précisé que près de 700 personnes jugées indésirables avaient été refoulées aux frontières, Rome ayant décidé de suspendre les accords de Schengen sur la libre circulation des personnes une semaine avant la tenue du sommet. L’agence Ansa a rapporté que six ressortissants allemands et un Américain avaient été inculpés à Gênes mardi pour port d’armes prohibé. Par ailleurs, le maire de Gênes Giuseppe Pericu a reçu une enveloppe contenant deux balles d’arme à feu, ont annoncé mercredi les autorités. Ailleurs en Italie, plusieurs incidents distincts ont alimenté la psychose. À Milan, une bombe incendiaire a été lancée dans la matinée contre une agence de travail intérimaire, sans faire de victime, tandis qu’à Bologne, les artificiers ont désamorcé un engin explosif découvert en plein centre de cette ville du nord de la péninsule, a rapporté l’agence AGI. Dans le nord-est, à Trévise, un courrier destiné à la société vestimentaire Benetton a pris feu lors de son ouverture sans provoquer de dégâts, a annoncé un porte-parole de la marque. Le boulevard du 20-Septembre, axe central de la ville d’habitude grondant de circulation au petit matin, était quasi désert mercredi, sillonné par des patrouilles de policiers de toutes les unités du pays. Sous les élégantes arcades, le café-bar Tonitto attendait de rares clients. «Nous sommes ouverts depuis une demi-heure et vous êtes le premier, assurait le barman. Nous allons rester ouverts aujourd’hui et voir comment ça se passe. Mais si les clients ne viennent pas, nous fermerons probablement demain». Les 40 000 habitants de la «zone rouge» restent chez eux, il n’y a aucun bus et une vingtaine de taxis pour tout le quartier. De nombreuses boutiques, craignant apparemment autant l’absence de clients que le bris de vitrines, ont fermé leur rideau de fer. Un restaurant de la chaîne McDonald’s, cible privilégiée des protestataires, a recouvert sa devanture de contreplaqué.
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