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Actualités - Chronologies

Une multinationale du crime - des dictatures latino-américaines

Le Plan Condor institua une collaboration étroite dans les années 1970-80 entre les régimes militaires latino-américains afin de liquider leurs oppositions respectives. Lancé en 1975 à Santiago du Chili, moins de deux ans après le coup d’État du général Augusto Pinochet contre le président socialiste Salvador Allende, le Plan Condor instaura un étroit réseau d’entraide et de coopération des dictatures pour traquer, enlever, torturer et éliminer leurs opposants de gauche. «Les membres qui ont démontré le plus grand enthousiasme ont été l’Argentine, l’Uruguay et le Chili», estimait en 1976 le Pentagone, dans un rapport secret déclassé en juillet 1999. L’histoire de cette sinistre organisation de l’ombre a pu être en partie reconstituée à partir des archives du Plan Condor, découvertes en 1992 dans un commissariat désaffecté d’Asuncion par l’avocat paraguayen Martin Almada. Ces «archives de la terreur», quelque cinq tonnes de documents actuellement stockés au Palais de justice d’Asuncion, saisis en grande partie sur informatique et microfilmés, comportent quelque 10 000 fiches de détenus, 20 000 photos et d’innombrables dossiers portant sur le contrôle des partis politiques d’opposition, et enregistrements téléphoniques. Elles font l’objet d’analyses minutieuses de la part d’avocats, de juges et d’organisations de défense des droits de l’homme, qui devraient permettre d’élucider le mystère de milliers de disparitions. Le juge espagnol Baltasar Garzon y a puisé nombre d’éléments lui ayant notamment permis d’étayer son dossier pour obtenir l’arrestation à Londres, en octobre 1998, du général Pinochet. Un juge français et un juge italien ont également consulté les «archives de la terreur» dans le cadre de leur enquête sur la disparition de Français et d’Italiens sous les dictatures. Selon les estimations d’organisations de défense des droits de l’homme, l’impitoyable répression menée dans les années 70-80 a fait des dizaines de milliers de victimes dans les pays du Cône sud. La dictature argentine (1976-83) a fait officiellement quelque 10 000 morts et disparus, mais près de 30 000 selon les organisations humanitaires, et celle du Chili (1973-1990) plus de 3 000, dont 1 198 disparus. Au Brésil, au moins 288 personnes ont été tuées ou portées disparues sous le régime militaire (1964-1985), alors qu’en Uruguay, la dictature (1973-1985) a fait quelque 180 morts et disparus. Au Paraguay, le régime dictatorial d’Alfredo Stroessner a pour sa part entraîné, de 1954 à 1989, la mort ou la disparition d’au moins 3 000 opposants.
Le Plan Condor institua une collaboration étroite dans les années 1970-80 entre les régimes militaires latino-américains afin de liquider leurs oppositions respectives. Lancé en 1975 à Santiago du Chili, moins de deux ans après le coup d’État du général Augusto Pinochet contre le président socialiste Salvador Allende, le Plan Condor instaura un étroit réseau d’entraide et de coopération des dictatures pour traquer, enlever, torturer et éliminer leurs opposants de gauche. «Les membres qui ont démontré le plus grand enthousiasme ont été l’Argentine, l’Uruguay et le Chili», estimait en 1976 le Pentagone, dans un rapport secret déclassé en juillet 1999. L’histoire de cette sinistre organisation de l’ombre a pu être en partie reconstituée à partir des archives du Plan Condor, découvertes en 1992 dans un...