Une mesure de couvre-feu censée protéger des jeunes mineurs à Orléans (centre) et approuvée lundi par la plus haute juridiction administrative française a ouvert une polémique sur l’efficacité de cette initiative. Pour la première fois en France, le Conseil d’État a donné son feu vert à la municipalité pour appliquer pendant l’été un couvre-feu pour les jeunes de moins de treize ans non accompagnés dans trois quartiers difficiles de la ville. De 23h à 6h, les enfants retrouvés seuls sont soit emmenés au poste de police jusqu’à ce que leurs parents viennent les rechercher, soit raccompagnés à leur domicile si un délit est commis. Des mesures identiques sont déjà appliquées pour les moins de 10 ans en Grande-Bretagne et les moins de 17 ans dans certaines villes américaines. Le maire d’Orléans, à 100 km au sud de Paris, Serge Grouard (RPR, droite), un ancien collaborateur du président de la République Jacques Chirac quand ce dernier était maire de Paris, avait introduit cette mesure en juin, après son élection en mars dernier. Selon son adjoint à la sécurité, Florent Montillot, l’objectif est de «protéger les enfants», pour les «sortir de l’école de la rue et les remettre aux parents», mais aussi de «couper de leurs bases arrière les délinquants qui utilisent les enfants comme des boucliers». M. Montillot, qui rappelle que «deux meurtres ont été commis en mars dans ces quartiers», se félicite que le couvre-feu ait déjà porté ses fruits : «On trouve de moins en moins d’enfants dans les rues», dit-il. « Un mot guerrier » Pourtant, une association locale de centres sociaux (Aselqo) précise que dans ces quartiers habités majoritairement par des immigrés, vivre dehors est une habitude culturelle vivace, d’autant plus que les logements sont souvent exigus. En conséquence, son président Jean-Denis Save doute «que le couvre-feu soit bien compris par les familles». Pour la quotidien Le Figaro (conservateur), les maires des villes qui ont déjà instauré un couvre-feu «sont renforcés dans leur conviction que cette mesure peut jouer un rôle éducatif pour les parents comme pour les enfants». Le quotidien de gauche Libération souligne que le RPR souhaite généraliser le couvre-feu en 2002, date des prochaines échéances électorales, présidentielles et législatives, dont l’un des thèmes centraux sera justement la sécurité. À gauche, la mesure est accueillie plutôt froidement, mais avec des nuances. Pour la ministre de la Famille Ségolène Royal (socialiste), «le mot couvre-feu est inadmissible. C’est un mot guerrier. Et le pays n’est pas en guerre, ni contre ses enfants, ni contre leurs parents, ni contre les quartiers défavorisés». Pourtant, ajoute-t-elle mardi dans Libération, «si cette interdiction nocturne s’accompagne d’une politique de responsabilisation des parents, pourquoi pas?». Le ministre de la Ville Claude Bartolone est plus expéditif : il affirme qu’il «n’approuve pas» le principe. Selon lui, il importe plutôt d’«aider les parents à retrouver leur autorité parentale» et de «renforcer la présence sur le terrain d’éducateurs qui pourraient établir le contact sur la durée».
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