«Les rapports annuels du Pnud offrent une base d’analyse, deviennent des instruments pour mesurer la bonne gouvernance et la démocratie, et donnent de la matière à la société civile et à tous ceux qui veulent débattre de politique dans divers pays du monde». C’est en ces termes que Mme Sakiko Fukuda-Parr, directrice du bureau de la publication du rapport mondial sur le développement humain au sein du Pnud, souligne l’importance de la publication éditée chaque année depuis dix ans. Dans une interview à L’Orient-Le Jour, Mme Fukuda-Parr, qui a effectué un bref séjour à Beyrouth à la fin du mois dernier pour participer à un séminaire international de l’institution onusienne, a relevé que «le Liban, à l’instar de beaucoup de pays de l’Est, fait face à une pénurie de chiffres». Créé depuis déjà dix ans, le concept du rapport mondial du Pnud a été développé dans divers pays du monde ; les bureaux locaux de l’organisme onusien, présents dans plus d’une centaine d’États, éditent des rapports nationaux sur divers thèmes. Au Liban par exemple, un ouvrage du Pnud mettant l’accent sur la situation des jeunes du pays (alphabétisation, émigration…) a été rendu public il y a deux ans. Une autre publication relative au Liban-Sud, présentant un plan de développement de la zone anciennement occupée par Israël, a également vu le jour quelques mois avant le retrait des soldats de l’État hébreu de la région. D’autres rapports locaux seront publiés à Beyrouth dans les mois à venir, et un ouvrage sera rendu public en septembre prochain. Rappelons que le bureau libanais du Pnud avait reçu deux prix internationaux pour les manuels locaux qu’il avait préparés. Les efforts de lisibilité de la publication ont été récompensés. «Depuis cinq ans, le nombre de rapports nationaux augmente et rares sont les pays, sur les 130 pays où le Pnud a des bureaux, qui n’ont pas publié des ouvrages locaux», indique Mme Fukuda-Parr. Ces rapports nationaux, tout comme le rapport mondial du Pnud, ont la particularité de mettre l’accent sur l’aspect humain du développement. «Ils ne répondent pas uniquement à des questions économiques», indique la directrice du bureau de la publication. «Ces ouvrages nationaux défendent les droits et intérêts des populations pauvres, ils tentent de promouvoir les politiques qui réduisent les inégalités», note Mme Fukuda-Parr en soulignant que «les bureaux du Pnud dans le monde entier œuvrent pour améliorer la qualité des rapports nationaux, parce que ces derniers sont de plus en plus utilisés par les universitaires, les gouvernements et les ONG». Sur la centaine de pays qui publient des rapports nationaux, est-ce qu’il existe beaucoup, à l’instar du Liban, qui font face à un manque de chiffres ? Mme Fukuda-Parr, qui relève que le «Liban est un pays très difficile en matière de chiffres et de statistiques», indique que «tous les pays de l’Europe de l’Est et de l’ex-URSS ont une grande pénurie dans ce même secteur». Quel est l’impact des rapports du Pnud, nationaux ou mondiaux, sur la politique des gouvernements ? «Nous constatons, indique la responsable de la publication, que les autorités concernées sont de plus en plus sensibles au développement des statistiques». Et d’ajouter que «depuis dix ans, la disponibilité des chiffres s’est améliorée surtout dans les secteurs sociaux». Mais l’impact du rapport national demeure spécifique au contexte de chaque pays. En Égypte, le rapport national a influencé l’éducation des filles, au Japon les femmes ont utilisé la publication mondiale du Pnud pour que leur salaire soit amélioré par rapport aux revenus des hommes qui remplissent les mêmes tâches au travail. En Afrique, plus particulièrement au Botswana, un ouvrage national du Pnud, ayant pour thème le sida, a déclenché un véritable débat, et la politique nationale relative à l’accès aux thérapies a été modifiée. Est-ce que les divers États prennent conscience des problèmes qui affectent la population ? «Tout dépend du contexte national», déclare Mme Fukuda-Parr. «Dans une démocratie on donne la voix au peuple mais le gouvernement ne répond pas toujours aux revendications de la population», lance-t-elle en souriant. «Le rapport donne la voix aux différents secteurs de la société civile et nationale mais la réponse dépend d’une multitude de facteurs qui déterminent le processus de prise de décision dans un pays donné», explique-t-elle. Et de poursuivre que «les ouvrages nationaux du Pnud sont uniques, parce qu’ils constituent le fruit de consultations de plusieurs experts venus de divers secteurs». «Ce sont des publications indépendantes, des analyses objectives de la situation dans un pays donné. Ces rapports ne constituent pas une déclaration politique du gouvernement ou du Pnud», relève-t-elle. Un outil de débat Les rapports du Pnud ont introduit une nouvelle unité de mesure : l’IDH (Indice de développement humain), qui a renforcé le transfert de l’attention économique à la dimension humaine du développement. «Selon l’opinion du Pnud, l’IDH est un indicateur efficace pour convaincre les décideurs à porter leur attention sur les aspects humains du développement», souligne Mme Fukuda-Parr. Se penchant sur le thème de l’ouvrage rendu public hier «Les technologies de l’information et des communications (TIC)», la directrice du bureau de la publication du rapport mondial sur le développement note que «la révolution des technologies aujourd’hui fait partie de la mondialisation, et le progrès dans ce domaine forme le véritable moteur de l’économie mondiale, aussi bien pour les pays en voie de développement que pour les pays développés». Mme Fukuda-Parr souligne qu’en «dix ans, le rapport a réussi à modifier la mentalité du débat». Et d’expliquer qu’une «évolution a été enregistrée dans les diverses approches du développement». «Le rapport que nous publions a contribué à l’évolution intellectuelle des stratégies de développement ; aujourd’hui l’approche est devenue multidimensionnelle», dit-elle. Ce n’est plus uniquement le processus financier et économique qui compte mais aussi les dossiers relatifs à l’éducation, à la liberté et à la justice sociale, par exemple. «Grâce au rapport mondial du Pnud, il existe désormais une approche différente dans les diverses stratégies nationales», explique Mme Fukuda-Parr. Comparant entre l’état du monde au début des années quatre-vingt-dix et la situation actuelle de la planète, la directrice du bureau de la publication du rapport mondial du Pnud relève que «le rapport sur le développement humain a pris de l’importance en tant que source de démocratisation dans les pays totalitaires». «Les publications du Pnud offrent l’analyse et l’information qui déclenchent et permettent le débat démocratique», souligne-t-elle. Et de déclarer : «Ce n’est pas uniquement l’élection qui établit l’indice d’une bonne démocratie, il faut créer toute une base institutionnelle pour la démocratisation y compris la diffusion de l’information». Le rapport sur le développement répond à un besoin direct. Il forme un instrument à ceux qui combattent pour une bonne gouvernance. «C’est un bon outil pour les ONG, la société civile et tous ceux qui veulent débattre de la politique nationale de leur pays», souligne en conclusion celle qui dirige depuis sept ans le bureau de la publication du rapport mondial du Pnud sur le développement humain.
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