Les évolutions technologiques d’aujourd’hui sont plus rapides (la puissance d’un microprocesseur double tous les 18 à 24 mois sans augmentation du prix de vente) et plus fondamentales (percées du génie génétique) que jamais. Par ailleurs, elles compriment les coûts (stocker un mégabit d’informations coûtait 5 257 dollars en 1970, mais seulement 0,17 dollar en 1999). Ces évolutions multiplient les possibilités d’utilisation de la technologie par les individus. L’innovation répond aux pressions du marché, et non aux besoins des pauvres : le pouvoir d’achat de ces derniers est trop mince. Les activités de recherche et de développement, le personnel scientifique et les moyens financiers sont concentrés dans les pays riches. En 1998, les 29 pays de l’OCDE ont consacré 520 milliards de dollars à la recherche et au développement, soit plus que le PIB cumulé des 30 pays les plus pauvres de la planète. Avec 19 % de la population mondiale, la sphère OCDE concentre 91 % des 347 000 brevets délivrés en 1998. Dans ces pays, plus de 60 % des travaux de recherche et de développement sont aujourd’hui réalisés par le secteur privé. La part du public diminue en conséquence. Résultat : ces activités négligent les possibilités d’élaborer des technologies au service des pauvres. Ainsi, en 1998, sur les 70 milliards de dollars affectés à la recherche mondiale sur la santé, seulement 300 millions étaient consacrés aux vaccins contre le sida et environ 100 millions au paludisme. Sur les 1 223 nouveaux médicaments commercialisés dans le monde entre 1975 et 1996, 13 seulement étaient destinés au traitement des maladies tropicales, et 4 étaient directement le fruit des recherches des laboratoires pharmaceutiques. Les inégalités pèsent également sur la diffusion de la technologie. Les pays de l’OCDE regroupent 79 % des utilisateurs d’Internet. La bande passante internationale accessible à l’Afrique est inférieure à celle dont dispose la métropole brésilienne de Sâo Paulo. mais les capacités de transmission de l’Amérique latine sont elles-mêmes globalement équivalentes à celles de la ville de Séoul, en République de Corée. Ces disparités n’ont rien de surprenant. Après tout, la production d’électricité et sa desserte en réseau remontent à 1831, et pourtant, un tiers de l’humanité en est toujours privé. Deux milliards de personnes n’ont pas accès à des médicaments aussi bon marché et essentiels que la pénicilline, dont la plupart existent depuis des décennies. À l’âge d’un an, la moitié seulement des enfants africains sont vaccinés contre la diphtérie, la tuberculose, le tétanos, la poliomyélite et la rougeole. Dans les pays en développement, les thérapeutiques de réhydratation orale ne sont toujours pas utilisées dans 40 % des cas de diarrhée. La technologie n’est pas mieux répartie à l’intérieur des pays. Ainsi, l’Inde, qui possède avec Bagalore un technopôle de classe mondiale, obtient l’un des plus mauvais scores dans le classement selon l’IDT. Pourquoi ? Parce que Bangalore n’est qu’une petite enclave, dans un pays où les adultes n’ont, en moyenne, fréquenté l’école que pendant 5,1 années, où l’analphabétisme touche 44 % des plus de 16 ans, où la consommation d’électricité est inférieure de moitié à celle de la Chine et où l’on dénombre seulement 29 téléphones pour 1 000 habitants.
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