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Actualités - Chronologies

CORRESPONDANCE - Des parfums qui fleurent bon la terre

WASHINGTON - Irène MOSALLI «Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants/ Doux comme des hautbois, verts comme les prairies, riches et triomphants/ et d’autres corrompus, riches et triomphants…». Il en est d’autres que ceux de Baudelaire : sensuels, capiteux, voluptueux, exotiques et enivrants. Il existe aussi une nouvelle gamme qui fleure la terre, ces odeurs que l’on sent naturellement sans chercher à en déterminer l’origine. Cette gamme, baptisée «Demeter», a voulu précisément que soit distinguée chaque senteur, en principe familière. C’est ainsi qu’ont été captées des effluves qui, de plus, déclenchent des réminiscences, à la manière de la madeleine de Proust : de la terre mouillée par la rosée aux sensations marines en passant par les bois, les sous-bois et même les rues. À l’origine de cette initiative, un homme de 38 ans, Christopher Brosius, qui avait commencé par travailler avec les produits Kiehl, à base de plantes, et dans d’autres firmes cosmétiques. Avant de lancer ses propres créations, il avait été chauffeur de taxi. C’est en faisant ce métier qu’il a réalisé combien un parfum pouvait être lourd et rebutant. «C’était l’époque du lancement du fameux “Giorgo”. Les femmes que j’embarquais rendaient l’intérieur de la voiture suffocant avec ce lourd parfum. Même en ouvrant les fenêtres, l’air demeurait irrespirable». C’est alors, il y a de cela neuf ans, qu’il avait décidé de mettre au point sa propre formule qu’il voulait, avant tout, loin de celle des griffes prestigieuses. Aujourd’hui, il a pignon sur une rue du Village, à New York. À son enseigne, «Demeter Fragance Library», on trouve 1 300 odeurs différentes, groupées sous différentes catégories : notamment les traditionnelles fleurs de jardin, les fleurs exotiques, les bois classiques, les bois rares, les fruits et les légumes. Dans le groupe cocktail, on retrouve Martini, Gin & Tonic, Bourbon et autres apéritifs. Le tout contenu dans des bouteilles rappelant celles des apothicaires, vendues entre 15 et 17 dollars la pièce. Les parfums traditionnels, un corset informe Brosius raconte qu’il lui a fallu cinq ans et demi pour parfaire sa senteur «Neige», qui a été primée l’an dernier. «Tomate» est une réminiscence du potager de sa tante. Quant au best-seller de ses parfums, il fleure la terre humide au printemps d’où s’apprêtent à surgir les bourgeons. Une bouffée des plus rafraîchissantes malgré son nom «Dirt» qui veut impliquer la terre pure. C’est pour le moment ce que porte Sharon Stone, qui le trouve «sobre et capable de tenir toute la journée». Ce parfumeur «in» est un passionné de jardinage et la plupart de ses fragances lui sont inspirées par le temps qu’il a passé dans la ferme paternelle, dans l’État de Pennsylvanie. D’où ses alchimies baptisées «Moisson», «Frondaison», «Buisson», «Roseau», «Eau claire». Ses essences qui sont minutieusement étudiées pour flatter l’odorat sont une évocation d’environnements, d’atmosphères et de moments. Son but ultime est donc de mettre en bouteille les odeurs plaisantes que l’on peut dégager de partout. Ses appellations le disent bien. Cela peut être du «Tabac de pipe» du «Cuir» ou même du «Sushi» (pour une eau de toilette au gingembre). Il est ainsi aux antipodes des compositions purement artificielles. La clientèle de «Demeter» est en grande partie féminine. Sa particularité est d’afficher beaucoup d’assurance, un grand sens de l’humour et du «nez» pour percevoir et adopter des senteurs qui sortent des sentiers battus. Elle n’hésite pas non plus à adopter les huiles de bain et les lotions pour le corps qui vont avec. Elle les aime peut-être à cause du concept de leur créateur, qui placarde ses sentiments dans ses magasins où il dit abhorrer les arômes traditionnelles : «Je hais les parfums. Les parfums sont souvent un corset éthéré, piégeant tout le monde dans le même moule».
WASHINGTON - Irène MOSALLI «Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants/ Doux comme des hautbois, verts comme les prairies, riches et triomphants/ et d’autres corrompus, riches et triomphants…». Il en est d’autres que ceux de Baudelaire : sensuels, capiteux, voluptueux, exotiques et enivrants. Il existe aussi une nouvelle gamme qui fleure la terre, ces odeurs que l’on sent naturellement sans chercher à en déterminer l’origine. Cette gamme, baptisée «Demeter», a voulu précisément que soit distinguée chaque senteur, en principe familière. C’est ainsi qu’ont été captées des effluves qui, de plus, déclenchent des réminiscences, à la manière de la madeleine de Proust : de la terre mouillée par la rosée aux sensations marines en passant par les bois, les sous-bois et même les rues. À l’origine...