Moscou a dénoncé hier le transfèrement de l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic au Tribunal pénal international de La Haye comme une atteinte à la stabilité de la Yougoslavie qui fait le jeu des séparatistes, mettant en cause des pressions de Washington. Ce transfèrement a suscité également des réactions indignées de la classe politique qui y voit, au-delà du cas Milosevic, la reconnaissance d’une justice supranationale, sous influence de Washington, dont la Russie ne veut à aucun prix. «Le transfèrement de Milosevic ne renforce pas la stabilité de la Yougoslavie», a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov. «Tout ce qui s’est passé autour de Milosevic ces derniers temps confirme que les divisions se sont intensifiées au sein des forces démocratiques yougoslaves», a-t-il ajouté. Le président yougoslave Vojislav Kostunica s’est élevé contre le transfèrement de Milosevic à La Haye, décidé par le gouvernement de Serbie, estimant que cette décision ne pouvait «être qualifiée de constitutionnelle». Cette décision «fait sans conteste le jeu des séparatistes au Kosovo et au Monténégro qui sont en faveur d’une sortie de la Fédération» yougoslave, a regretté M. Ivanov dans un communiqué. Le ministre a également dénoncé les pressions de «certains pays qui ont lié publiquement leur participation à la conférence des donateurs à Bruxelles au transfèrement de Milosevic», dans une allusion claire aux États-Unis. Pourtant, a poursuivi le ministre, «ces États savent bien que l’action militaire de l’Otan contre la Yougoslavie (en 1999) a mis ce pays au bord de la catastrophe économique et que celle-ci ne peut être évitée sans aide extérieure», a encore affirmé M. Ivanov. «Les donateurs veulent du sang», a titré en écho le quotidien Vremia Novosteï. Le Kremlin est pour sa part resté muet depuis jeudi soir, une attitude tranchant avec celle de la plupart des leaders mondiaux, George W. Bush en tête, qui ont aussitôt salué la décision du gouvernement de Serbie. La Russie de Vladimir Poutine a soutenu jusqu’au bout Slobodan Milosevic ne reconnaissant qu’au dernier moment la victoire de Vojislav Kostunica à la présidentielle de l’automne 1999. «Il n’y a pas pour le moment de réaction officielle», a déclaré le service de presse du Kremlin à propos d’une décision que Vladimir Poutine ne saurait approuver. Moscou a régulièrement accusé le TPI de manquer d’objectivité, d’être antiserbe et un instrument au service des États-Unis. Pour illustrer ce manque d’objectivité, elle lui reproche de ne pas avoir poursuivi l’Otan pour ses frappes contre la Yougoslavie au printemps 1999. En février dernier, Igor Ivanov avait même appelé à la suppression du TPI. La classe politique russe a vu dans la décision du gouvernement serbe un précédent fâcheux pour la Russie. Cette situation illustre la mise en place d’un «nouvel ordre mondial», d’une politique «deux poids, deux mesures», inacceptables pour la Russie, a déclaré le président de la Douma (chambre basse), le communiste Guennadi Seleznev. Le président du Conseil de la Fédération (chambre haute), Egor Stroïev, habituellement modéré, a été tout aussi critique. «Aujourd’hui, c’est la Yougoslavie qui est mise en pièces, demain cela pourrait concerner la Russie», a déclaré le responsable. «Un pays qui vend son dirigeant n’a pas de racines et sera toujours dépendant. Il s’agit d’une tentative de créer un précédent pour la Russie», a-t-il conclu. En raison de la guerre en Tchétchénie, ce précédent est «dangereux pour nombre de nos dirigeants auxquels on pourrait demander un jour des comptes», a conclu le politologue Evgueni Volk.
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