Une fois n’est pas coutume : les gouvernements arabes concernés se serrent les coudes sur le plan diplomatique, face à Israël. Et soutiennent à fond les positions de Damas. C’est ce que relève un ancien ministre spécialisé dans le dossier régional et qui garde contact avec de multiples capitales. Un plan global d’action aurait été mis au point, à travers les différents sommets ou colloques ministériels qui ont eu lieu ces derniers mois. Le principe de base étant qu’il faut faire face ensemble à l’évolution de la situation régionale, qu’elle soit positive ou négative, car aucun État ne peut en assumer tout seul les retombées. Cette personnalité informée précise que la logique géographique fait que la coopération est tout particulièrement étroite entre la Jordanie, la Syrie et le Liban. Mais qu’elle s’inscrit dans un climat général d’entente, ce qui exclut qu’on puisse évoquer à son sujet une politique d’axe. L’Arabie séoudite et l’Égypte n’ignorent donc pas ces liens, qu’elles appuient. Cette cimentation assez peu habituelle des rangs arabes, explique l’ancien ministre, provient des appréhensions communes que suscite le bellicisme notoire d’Ariel Sharon. Il est certes convenu que cet ancien général peut difficilement déclencher une guerre généralisée, ligne rouge que Washington lui interdit de franchir. Mais on le soupçonne de vouloir fuir en avant, en cas d’échec de la trêve armée en Cisjordanie, par une série de provocations musclées visant à semer la confusion dans la région. Il pourrait de la sorte mener des attaques ponctuelles et perlées sur le terrain contre les forces régulières palestiniennes. Ou contre les positions syriennes au Liban. Un chapelet d’incidents plus ou moins graves qui annulerait toute chance de reprise du processus de paix. Cette stratégie, on en a récemment vu les signes avant-coureurs : c’est surtout contre le Fateh de M. Yasser Arafat et contre sa garde personnelle que l’armée israélienne a tourné ses bazookas ces derniers temps. En négligeant les centres du Hamas ou du Jihad islamique. Parallèlement, il y a eu le raid sur le radar syrien à Dahr el-Beïdar. Cette tactique vise sans doute à provoquer des situations conflictuelles, des contractions et des contradictions qui favoriseraient progressivement la montée en puissance des extrémistes arabes et notamment des islamistes comme des progressistes palestiniens, eux aussi hostiles au projet de paix. Il y aurait de la sorte une grogne idéologique et religieuse croissante qui s’étendrait, par exemple, à la Jordanie (sujet sensible) en y provoquant des troubles de rue. Amman en a d’ailleurs senti les premiers effets ces derniers mois. Et a réagi en formant un gouvernement truffé de solides nationalistes qui ont pour mission de lutter contre toute nouvelle tentative de faire du royaume une patrie de substitution pour les Palestiniens. Le parlement jordanien a été dissous et le pouvoir a resserré considérablement l’étau autour des cellules activistes, en empêchant Ghocheh de pénétrer sur son territoire. En Syrie également, affirme cette personnalité informée, la présidence aurait l’intention de changer le gouvernement dans les mois à venir. Pour mettre en place des ministres capables de mieux immuniser le pays, en accélérant les réformes projetées par M. Assad. De même, le prochain congrès du Baas au pouvoir à Damas devrait déboucher sur une nouvelle direction d’où s’effaceraient certaines figures de proue traditionnelles. L’ancien ministre n’exclut pas non plus que le redéploiement au Liban soit le fruit du programme de changements que le jeune chef de l’État syrien veut concrétiser. L’objectif étant d’avoir un front intérieur, mais aussi syro-libano-jordanien, mieux soudé face au péril israélien. Il s’agit dans cet esprit de neutraliser les effets négatifs de la polémique qui se déroule au Liban au sujet de la présence militaire syrienne. En engageant à ce propos, comme à celui plus général de l’ensemble des relations bilatérales, un dialogue calme avec toutes les parties concernées. Ce qui contribuerait en outre à unifier les rangs intérieurs libanais. Au profit d’un meilleur partenariat entre les deux pays. Ainsi, des contacts discrets mais intensifiés seraient actuellement développés, avec les encouragements des décideurs, pour la réalisation d’une vraie réconciliation nationale libanaise. Si ces efforts devaient aboutir, le président Assad recevrait un accueil populaire unanimement chaleureux lors de la visite qu’il doit en principe rendre au Liban à l’occasion du sommet de la francophonie. Ou même avant.
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