La visite du pape en Ukraine a apporté un soutien précieux, autant politique que moral, au président ukrainien Léonid Koutchma, boudé par l’Occident et affaibli par le scandale lié à l’assassinat d’un journaliste. «Les retombées pour Koutchma seront extrêmement positives», estime Volodymir Malinkovitch, président de l’Institut de recherche politique à Kiev. En accueillant en grande pompe le souverain pontife samedi à Kiev, M. Koutchma n’a d’ailleurs pas manqué d’insister sur la grandeur morale de Jean-Paul II alors que lui-même doit défendre son honnêteté tant en Ukraine qu’à l’étranger. «L’Ukraine reçoit un lutteur indomptable des droits et de la dignité de l’homme. Nous saluons un leader qui appelle à ne pas régler des comptes avec le passé mais à se tourner vers l’avenir», avait relevé le chef de l’État, mis en cause par l’opposition dans l’assassinat d’un journaliste et régulièrement accusé par l’Occident de museler les médias. Guéorgui Gongadzé, directeur d’un quotidien d’opposition diffusé sur l’Internet, a disparu le 16 septembre 2000 à Kiev. Un corps décapité découvert en novembre dernier a été identifié comme étant le sien. Cette affaire a soulevé une tempête politique sans précédent en Ukraine et a largement terni l’image à l’étranger de cette ancienne république soviétique de 50 millions d’habitants. «En accueillant des personnalités aussi importantes que le chef du Vatican, le peuple ukrainien fait preuve de tolérance et de disposition au dialogue», a souligné M. Koutchma dans une interview à un journal allemand. De son côté, le pape s’est gardé de critiquer le président et n’a fait, au moins publiquement, aucune référence directe à l’affaire Gongadzé, relève Vadim Prochko de la fondation ukraino-américaine. «Je vous encourage à persévérer dans les efforts nécessaires pour surmonter les difficultés résiduelles (...) Une politique de sage tolérance ne manquera pas d’attirer considération et sympathie pour le peuple ukrainien», s’était borné à déclarer dimanche le souverain pontife. Le chef de l’État a aussi réaffirmé ses aspirations européennes et son indépendance vis-à-vis de Moscou, en invitant Jean-Paul II malgré les réserves du Kremlin et la vive opposition de l’Église orthodoxe russe, majoritaire en Ukraine. Cette importante initiative politique intervient à un moment où l’Ukraine veut obtenir de nouveaux crédits du Fonds monétaire international (FMI) et développer sa coopération économique avec l’Union européenne (UE). Jean-Paul II a lui-même évoqué cet aspect, en insistant sur «l’évidente vocation européenne» de l’Ukraine, «soulignée par les racines chrétiennes de sa culture». Toutes les précautions avaient été prises pour garantir la réussite de la visite papale. «Le pape a été reçu comme le secrétaire général du Parti communiste», ironisait mardi le quotidien Vetchernie Viesty, critiquant l’excessif dispositif policier mis en place par les autorités. «Celui qui s’est battu toute sa vie contre le totalitarisme a été accueilli dans la meilleure tradition communiste !», poursuivait le journal. Environ 30 000 policiers avaient été mobilisés pour l’évènement, selon le ministère de l’Intérieur.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La visite du pape en Ukraine a apporté un soutien précieux, autant politique que moral, au président ukrainien Léonid Koutchma, boudé par l’Occident et affaibli par le scandale lié à l’assassinat d’un journaliste. «Les retombées pour Koutchma seront extrêmement positives», estime Volodymir Malinkovitch, président de l’Institut de recherche politique à Kiev. En accueillant en grande pompe le souverain pontife samedi à Kiev, M. Koutchma n’a d’ailleurs pas manqué d’insister sur la grandeur morale de Jean-Paul II alors que lui-même doit défendre son honnêteté tant en Ukraine qu’à l’étranger. «L’Ukraine reçoit un lutteur indomptable des droits et de la dignité de l’homme. Nous saluons un leader qui appelle à ne pas régler des comptes avec le passé mais à se tourner vers l’avenir», avait...