L’idylle qui existait depuis son entrée en fonctions entre le Premier ministre israélien Ariel Sharon et les États-Unis est désormais révolue, à la grande satisfaction des Palestiniens. L’entrevue mardi de M. Sharon avec le président George W. Bush, sa deuxième en trois mois, a montré de manière éclatante que l’Administration républicaine, qui avait jusqu’alors appuyé de manière presque totale le leader de la droite israélienne, avait, pour la première fois, fait un pas en direction des positions palestiniennes. À tel point que M. Sharon, désavoué publiquement par M. Bush, rentre de Washington politiquement affaibli face au président palestinien Yasser Arafat, alors que celui-ci, sur la défensive depuis l’attentat suicide palestinien du 1er juin à Tel-Aviv qui l’avait contraint à décréter un cessez-le-feu, apparaît remis en selle. «De son point de vue (celui de M. Sharon), c’est sans aucun doute un revers», a déclaré un analyste israélien, Joseph Alpher, ancien conseiller du prédécesseur de M. Sharon, le travailliste Ehud Barak. «C’est la première fois que le président (américain) indique très clairement qu’il est plus proche de la partie palestinienne au moins sur cette question du calendrier, de la manière d’évaluer le cessez-le-feu et de savoir quand passer aux aspects plus politiques» du rapport de la commission Mitchell, un document dont l’objectif ultime est de ramener les deux parties à la table des négociations. Les Palestiniens ne s’y sont pas trompés. Eux qui accusaient l’Administration Bush d’être ouvertement pro-israélienne ont changé de ton hier. «Nous exprimons notre considération pour la position prise par le président Bush devant le Premier ministre israélien», a déclaré le secrétaire du cabinet palestinien, Ahmed Abderrahmane, qui a parlé d’un «camouflet infligé à Sharon». Le rapport Mitchell, du nom d’un ancien sénateur américain, prévoit un scénario en quatre étapes successives, la première étant un arrêt «immédiat et inconditionnel» des violences. Le document prône ensuite une période d’accalmie, puis une période consacrée à des mesures destinées à rétablir la confiance, dont un gel total de la colonisation que M. Sharon rejette, et enfin une reprise des négociations sur un règlement définitif du conflit. M. Sharon privilégie l’aspect sécuritaire du rapport, c’est-à-dire l’instauration d’un cessez-le-feu. Il a affirmé après son entrevue avec M. Bush qu’il exigeait dix jours de calme total avant de passer à la période d’accalmie et que celle-ci devrait durer au moins six semaines. Appliquée de manière stricte, cette interprétation pourrait permettre à M. Sharon de remettre le compteur du cessez-le-feu à zéro à la moindre attaque palestinienne. Mais pour M. Arafat, il est politiquement impensable d’exiger de ses troupes une suspension de l’intifada sans aucune contrepartie. Aussi les Palestiniens exigent-ils d’accélérer le passage à la deuxième et surtout à la troisième phase du rapport, celle contenant un gel de la colonisation. Forcé de choisir entre deux positions inconciliables, M. Bush a opté pour l’interprétation palestinienne au nom des intérêts des États-Unis dans le monde arabe. De nombreux alliés arabes de Washington, à commencer par l’Égypte, ont exhorté M. Bush à passer rapidement à la phase politique du rapport Mitchell pour éviter une explosion régionale. Un conseiller de M. Sharon, Avi Pazner, a réitéré hier qu’Israël n’appliquerait pas les autres étapes du rapport Mitchell «tant qu’il n’y aura pas un cessez-le-feu total, un arrêt total de la violence». Il s’est efforcé de nier qu’il y ait un risque de crise entre le gouvernement Sharon et Washington, à quelques heures de l’arrivée à Jérusalem du secrétaire d’État Colin Powell. «Je ne crois pas une seconde que les États-Unis feront pression sur nous», a-t-il déclaré. «Nous allons essayer de convaincre Powell» que le cessez-le-feu n’est pas encore entré en vigueur, a-t-il dit.
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