La dispute commerciale qui s’envenime entre la Chine et le Japon a fait ses premières victimes japonaises avec la décision de plusieurs constructeurs automobiles, dont Toyota et Nissan, de suspendre leurs exportations vers la Chine. «Nous n’allons plus exporter d’automobiles vers la Chine à partir de juillet», a annoncé une porte-parole de Toyota, Michiko Kiriimoto. Le premier constructeur nippon a été suivi par plusieurs concurrents, comme Nissan, Mitsubishi Motor ou le fabriquant de poids-lourds Isuzu. Cette mesure a été prise après la décision annoncée jeudi dernier par Pékin d’appliquer des droits de douane exceptionnels de 100 % sur soixante produits japonais, dont les automobiles, les téléphones portables et les climatiseurs. Ces sanctions ont été prises en réponse à l’imposition par Tokyo, en avril, de restrictions sur les échalotes, le jonc pour tatamis et les champignons shiitake en provenance de Chine, afin de protéger l’agriculture nippone. Le ton est monté ces derniers jours entre les deux capitales, chacune accusant l’autre de ne pas respecter les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le ministre japonais du Commerce et de l’Industrie, Takeo Hiranuma, a ainsi «protesté avec force» et demandé «l’arrêt immédiat» des sanctions chinoises. Il a prévu mardi qu’elles pourraient sérieusement affecter l’industrie nippone si elles étaient maintenues pendant un certain temps. Sur un an, la facture s’élèverait, selon lui, à 67 milliards de yens. Dans l’immédiat, la suspension des exportations d’automobiles japonaises ne pèsera pas très lourd. 470 000 véhicules ont été envoyés en 2000 en Chine, soit seulement 1 % des 4,45 millions que le Japon a exporté dans le monde entier, selon l’Association des constructeurs JAMA. «Bien que ce chiffre soit réduit, l’industrie automobile japonaise est préoccupée par la décision de la Chine, un marché qui a un énorme potentiel de croissance», a déclaré Satoshi Honda. «Nous espérons que Pékin va retirer ses sanctions». Toyota a précisé qu’il maintiendrait la suspension de la production destinée à la Chine en août «si la situation demeurait la même». Le constructeur a déclaré avoir exporté 10 000 véhicules vers la Chine durant l’exercice clos en mars, mais n’a pas donné de détails sur le coût de l’interruption de ses exportations. Nissan a pris la même décision car «nous avons reçu plusieurs ordres d’annulation de nos concessionnaires locaux», a précisé le porte-parole, Kiyoshi Ariga. En revanche, Honda Motor «n’envisage pas de prendre des mesures dans l’immédiat» vis-à-vis de la Chine, où il n’a envoyé que 0,3 % des quelque 200 000 voitures exportées en 2000, a-t-il indiqué. Le Japon est le plus important partenaire commercial de la Chine. Leurs échanges commerciaux se sont élevés à 28,6 milliards de dollars dans les quatre premiers mois de l’année 2001, selon les douanes chinoises. L’excédent commercial de la Chine envers le Japon a atteint 640 millions de dollars. Ce différend commercial survient à un moment particulièrement délicat pour la Chine, candidate à l’entrée à l’OMC, et qui a récemment reçu l’aval de l’Union européenne pour cette démarche.
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