Le pôle aérien AOM/Air Liberté a déposé hier son bilan auprès du tribunal de commerce de Créteil, suscitant la désapprobation du ministre français des Transports Jean-Claude Gayssot pour qui des solutions de continuation existent. «La compagnie a déposé ce jour son bilan auprès du tribunal de commerce de Créteil», a annoncé la direction des deux compagnies AOM/Air Liberté, qui avaient été réunies il y a un peu plus d’un an sous la houlette de Swissair dans l’ambition de créer un deuxième pôle de l’aérien dans l’Hexagone, face au géant Air France. «Le président de la compagnie (Marc Rochet) a demandé à pouvoir bénéficier de l’ouverture d’un redressement judiciaire afin de permettre d’identifier, très rapidement, d’autres solutions de restructuration pour ce groupe», a-t-elle souligné. Le cas sera examiné mardi matin par la chambre du conseil du tribunal, qui rendra sa décision mardi après-midi. La poursuite de l’activité des deux compagnies s’est avérée irréalisable. Malgré de nombreuses réunions et contacts tenus jeudi et encore dans la matinée du 15 juin, «il n’a pas été possible d’aboutir à une solution assurant la pérennité du groupe AOM-Air Liberté dans sa configuration actuelle», a affirmé la direction. Des négociations avec un groupe d’investissement américain avaient échoué dans la nuit de jeudi. M. Gayssot a vivement réagi à l’annonce du dépôt de bilan. «Le ministre des Transports désapprouve cette décision alors même qu’il est acquis que des solutions de continuation du pôle parisien existent», a-t-il fait savoir par voie de communiqué. Le ministre a mis en cause les actionnaires des compagnies, qui «ont refusé de mettre en place le financement qui permettait d’aboutir à la concrétisation d’offres sérieuses et crédibles. Ce choix a conduit au dépôt de bilan». Pour le groupe suisse, la décision «renforce la position financière générale de Swissair Group et décharge le groupe d’un élément majeur d’incertitude financière», a-t-il indiqué à Zurich. Les discussions avec d’éventuels repreneurs ont été entravées par le bras de fer entre les actionnaires actuels, qui refusaient de payer le plan de restructuration élaboré par Marc Rochet, d’un coût évalué à 3 milliards de FF. Ce plan prévoyait entre autres la suppression d’un tiers des emplois (sur plus de 5 000 salariés) et la fermeture de plusieurs dessertes où la concurrence avec Air France et le TGV (train à grande vitesse) est trop rude. Le groupe helvétique, qui possède 49,5 % des deux compagnies mais en assurait la gestion, avait proposé de participer à hauteur des deux tiers à un plan, à la condition que son partenaire français, l’établissement Marine-Wendel dirigé par Ernest-Antoine Seillière, apporte le reste. Mais M. Seillière, également président du Medef (patronat français), ne veut plus remettre d’argent dans les entreprises, et a rejeté la responsabilité sur Swissair. Les représentants syndicaux, qui s’attendaient à un dépôt de bilan, se sont tournés vers le ministre. «M. Gayssot doit maintenant tenir les engagements qu’il avait pris devant l’intersyndicale, à savoir, selon ses termes, qu’“aucun salarié d’AOM-Air Liberté” ne resterait “sur le carreau”», a réagi le délégué CFDT Geoffroy Lamade, interrogé par l’AFP. L’intersyndicale de la compagnie devait être reçue au ministère des Transports vendredi. Malgré leurs grosses difficultés financières, les compagnies ont un atout. Elles détiennent en effet le tiers des créneaux horaires (slots) sur l’aéroport d’Orly, d’autant plus précieux que le nombre total des slots est limité sur cette plate-forme. De quoi susciter des convoitises. La compagnie aérienne à bas prix EasyJet a ainsi annoncé, avant l’annonce du dépôt de bilan, qu’elle avait approché vendredi Swissair et le gouvernement français pour exprimer un intérêt pour l’acquisition de certains actifs d’AOM/Air Liberté, faisant référence notamment à des droits supplémentaires de décollage et d’atterrissage sur Orly.
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