Une commission scientifique chargée par la Maison-Blanche d’étudier les changements climatiques a adressé un sérieux avertissement à l’Administration Bush, critiquée pour son abandon du protocole de Kyoto et sa politique énergétique : le réchauffement du climat est bien réel et les émissions de gaz à effet de serre y contribuent. Ce panel de spécialistes du Conseil de recherche des académies nationales des sciences, dont un prix Nobel, rappelle qu’au cours du siècle écoulé la température du globe a augmenté de 0,6 degré Celsius en moyenne, la majeure partie de cette hausse étant intervenue dans les 20 dernières années. «Nous savons que les gaz à effet de serre s’accumulent dans l’atmosphère terrestre, entraînant une hausse des températures à la surface», a affirmé son président, le professeur Ralph Cicerone. «Nous ne savons pas avec précision quelle part de cette hausse est attribuable aux activités humaines, mais si l’on se fonde sur les lois physiques et des modélisations informatiques très poussées, nous nous attendons à ce que le réchauffement continue sous l’effet des émissions de gaz à effet de serre». Le rapport avance ainsi que, si rien n’est fait, le climat de la planète se sera réchauffé de 1,4 à 5,8 degrés Celsius d’ici à la fin du XXIe siècle. Pour George W. Bush, dont la popularité est en forte baisse dans les sondages, notamment en raison de sa politique en matière d’environnement et d’énergie, la publication de ce rapport tombe au pire moment. D’une part, sur le plan intérieur, le président américain fait l’objet de sévères critiques pour son programme énergétique qui fait une large place aux énergies fossiles, ainsi que pour son refus de réglementer aux États-Unis les émissions de dioxyde de carbone (CO2), principal responsable de l’effet de serre. «Ce rapport devrait écarter le moindre doute restant au sein de l’Administration Bush sur le fait que le réchauffement de la planète est causé en majeure partie par la combustion du charbon et du pétrole. Le plus haut organe scientifique du pays vient de redire que la situation, non seulement est grave, mais qu’elle empire et, aujourd’hui, le président n’a plus d’excuses pour ne pas agir», a lancé Philip Clapp, président de l’organisation de défense de l’environnement, National Environmental Trust. D’autre part, sur le plan diplomatique, ce rapport survient à un moment fâcheux car M. Bush, qui se rend la semaine prochaine en Europe, va devoir affronter les critiques renouvelées de ses partenaires européens suscitées par son rejet unilatéral du protocole de Kyoto sur le réchauffement du climat. «Il se réjouit de pouvoir discuter de cela avec nos alliés (...) afin d’écouter leurs idées sur la marche à suivre» pour y faire face, a déclaré jeudi le porte-parole présidentiel Ari Fleisher, en tentant d’afficher un semblant de satisfaction face à ce rapport plutôt embarrassant. Conclu en 1997, le traité de Kyoto impose à 38 pays industrialisés de réduire d’ici à 2010 leurs émissions de CO2 et de cinq autres gaz à effet de serre de 5,2 % en moyenne en dessous de leurs niveaux de 1990. Mais, pour les pays en développement, le texte énumère de vagues engagements mais ne prévoit aucun objectif chiffré ni calendrier impératif. Alors que les négociations sur les règles d’application de l’accord et son entrée en vigueur sont toujours en cours, M. Bush a invoqué cette différence de traitement entre pays riches et pauvres qui, selon lui, pénaliserait injustement l’économie américaine, pour justifier son refus de ratifier l’accord. Une position qu’a réitérée son porte-parole jeudi, en affirmant que M. Bush s’était «engagé à examiner les moyens de réduire le réchauffement climatique» mais d’une manière qui «implique aussi tous les pays en voie de développement et qui permette d’augmenter la croissance économique».
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