Jeune, riche, talentueux et célèbre... Il ne s’agit pas pour autant du scénario de quelque navet lacrymogène mais bel et bien d’une «histoire de succès» vécue. Le sujet, héros de l’ascension, est un jeune Américain, Tom Ford, directeur créatif du groupe Gucci, dont la liste des performances ne fait que s’allonger. Une de ses dernières performances: le parrainage de l’exposition «Les années pop» tenue au centre Pompidou, à Paris. À l’abord de la quarantaine, ce protagoniste d’une incroyable suite de succès lève tous les défis, plaît à tout le monde et réussit tout ce qu’il entreprend. À l’heure actuelle, il fait l’objet d’un culte. Du moins c’est ce que la redoutable Louisa Armstrong, rédactrice du Voge anglais, affirme avec conviction. Lui-même explique de façon très pragmatique cette renommée par le fait qu’il fait travailler les autres en créant des emplois. Il est en effet un homme d’affaires hors pair doublé toutefois d’un designer, lire styliste, impressionnant. Les critiques, cependant, ne l’épargnent guère. Son défilé Gucci pour l’hiver prochain (2001-2002) a été accueilli par la presse spécialisée avec peu d’éloges et de nombreux points d’interrogation. Et il en était de même pour sa seconde collection pour Yves Saint-Laurent Rive Gauche. Très maître de lui-même, Tom Ford riposte froidement: «Il faut oublier, quand on dessine une collection, rapports et chiffres qui ne parlent que d’aujourd’hui. Pas de l’année prochaine. C’est là que l’intuition joue un rôle important avec le sens du jugement du créateur. Finalement, il faut savoir se faire confiance. Indépendamment des commentaires et des bavardages». Son passé lui donne raison. En dix ans, chez Gucci, sous sa baguette, la vieille maison italienne a retrouvé prestige et succès des anciens temps. Aujourd’hui, la vision de Tom Ford pour Gucci a trouvé des partisanes ferventes parmi les célebrités. Talons aiguilles métalliques, jeans en velours, manteaux en cuir, pantalons taille basse, pardessus matelassés en peaux précieuses ont été plébiscités avec enthousiasme par Madonna, des milliardaires sud-américaines, Jennifer Lopez et quelques banquières... Le temps lui a donné raison. Ces modèles, aujourd’hui dans les vitrines, connaissent un succès international impressionnant. On dirait qu’ils ne vieillissent pas tout en restant étonnamment moderne. Julian Moore, pour la première du film Hannibal, portait la version du smoking blanc créé par Ford en 1977... L’avenir le dira Comment Tom Ford sera-t-il classé dans les archives de la mode par le temps? Styliste, homme d’affaire avisé? Créateur exceptionnel faisant feu de tout bois? «Tout passe si vite, répond-il. Tout ne dure qu’un instant. Ce n’est qu’avec le recul qu’on arrive à voir les choses plus clairement»... En épiloguant qu’il aimerait qu’on se souvienne de lui comme de quelqu’un qui s’est enrichi parce qu’il voyait et sentait autour de lui la culture moderne, pour transformer le vêtement. Moi-même je suis un produit de la culture de consommation. «Même si ma mode reste elitiste, je m’applique à deviner et à savoir le prochain objet de convoitise, avant même que les gens eux-mêmes ne le sachent». L’exposition sur le pop art, dont YSL et le groupe Gucci sont les mécènes, illustre parfaitement, pour lui, ce mariage heureux de détournement des objets de consommation pour en faire des créations d’art, devenues des icônes. L’architecture, la musique, le design se sont unis pour devenir accessibles et quotidiens au large public. Le pop art a fait que l’art devienne une affaire de tous, au quotidien, et non plus l’apanage des «avertis». C’est là aussi la grande acquisition, également, pour la mode.
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