La «garde rapprochée» de Mohammad Khatami a été laminée en deux ans, avec la démission forcée de son plus proche ministre, Ataollah Mohadjerani, l’emprisonnement de l’ancien ministre de l’Intérieur Abdollah Nouri et l’attentat contre l’idéologue réformateur Saïd Hajarian. Quatre ans après son élection triomphale, le président réformateur est le grandissime favori de l’élection présidentielle de vendredi. Pourtant, parmi les «coups» qu’il a reçus et qui l’ont fait longuement hésité à se représenter, le sort de ses plus proches amis a lourdement pesé. MM. Mohadjerani, 46 ans, Nouri, 51 ans, et Hajarian, 48 ans, jouaient chacun dans leur domaine un rôle fondamental et ils compteront lors du second mandat de M. Khatami. Ataollah Mohadjerani, comme ministre de la Culture et de l’Orientation islamique – un poste-clef occupé par M. Khatami dans le passé –, avait en charge de mener «la réforme de la liberté de la presse». En trois ans, de nombreux titres ont surgi, avec une liberté de ton inconnue depuis la révolution islamique de 1979. Toutefois, depuis avril 2000, sans que le ministre n’y puisse rien, la justice, dominée par les conservateurs, a suspendu 18 quotidiens et une vingtaine de périodiques réformateurs. Désavoué, M. Mohadjerani a démissionné en décembre dernier. Malgré la «purge», il y a actuellement, selon le ministère de la Culture, 60 quotidiens en Iran, dont 43 à Téhéran. C’est trois fois plus qu’il y a quatre ans. M. Mohadjerani, qui préside pour l’Iran le «Dialogue des civilisations», une initiative de M. Khatami adoptée par l’Onu pour 2001, demeure «en réserve de la République». Il est discret pendant la campagne, se contentant de clamer sa «certitude» de la victoire du président sortant. De son côté, M. Nouri, condamné en novembre 1999 pour «propagande anti-islamique» en tant que directeur de journal, purge une peine de cinq ans de prison, mais continue de montrer sa fidélité au camp khatamiste. Pendant des années, il avait plaidé pour un «islam ouvert», devenant la «bête noire» des conservateurs. Ses amis espèrent une libération anticipée qui lui permettrait d’agir de nouveau au côté de M. Khatami. Saïd Hajarian, conseiller du président et directeur du principal quotidien réformateur suspendu (Sobh-é-Emrouz), a été grièvement blessé lors d’un attentat le 12 mars 2000, juste après les élections législatives gagnées par les réformateurs. Son quotidien avait publié la plupart des articles du journaliste Akbar Ganji, emprisonné actuellement, mettant en cause l’ancien ministre des Renseignements Ali Fallahian – aujourd’hui candidat à la présidentielle – et le président du Tribunal religieux spécial (TRS) Mohsen Ejeï dans les meurtres d’opposants en 1998. Philosophe, M. Hajarian a conçu nombre des réformes prônées par le président Khatami. Désormais handicapé, après des mois de lutte contre la mort, il a retrouvé assez de force pour parler, avec une immense émotion, lors de la première grande réunion de campagne de M. Khatami, au stade Chiroudi de Téhéran, devant 30 000 personnes qui l’ont ovationné. «Je suis prêt à payer encore le prix pour la victoire des réformes», a-t-il dit.
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