Jean-Louis Mainguy est un homme de scène. Lorsqu’il approche un espace, il le transforme, du regard d’abord, en un immense théâtre où il jouerait son plus beau rôle. Lorsqu’il l’évoque de sa voix posée, il trouve les mots pour le dire, décrire les couleurs, évoquer les sensations qui le frôlent. Puis, acte III, il se laisse enfin aller à mettre en scène ses rêves les plus fous, sa passion, créer une ambiance, un lieu de vie. La scène se passe dans les bureaux d’architecture intérieure de Monsieur Mainguy. Officiellement décorateur, ensemblier, scénographe, membre du comité du Festival de Beiteddine et premier vice-président de l’Union des Français de l’étranger, section Liban. Officieusement, alchimiste. Une large bibliothèque en bois habille les murs de son âme et celle des nombreux livres d’art, subtilement présents, mais tellement présents. Une magnifique sculpture datant de 1886 et appartenant autrefois aux collections du musée de l’homme tient compagnie au maître de céans. Sur son bureau s’étalent plus d’une dizaine de stylos noirs, encre sépia sur pages blanches, une loupe, un drapeau breton et des indices éparpillés dont lui seul détient les secrets et les souvenirs. Une véritable «installation» faite de simplicité et d’élégance, digne du scénographe qu’il se flatte d’être. C’est dans ce décor serein que Jean-Louis Mainguy apparaît, costume cravate gris avec, dans les cheveux, un petit ruban de velours bleu, comme une discrète signature. L’acteur fait ainsi son entrée sur scène, appuyé par une musique classique évidemment assortie à l’atmosphère du moment. «Quand on vient me voir, c’est pour une approche». Premières apparitions L’approche de Jean-Louis Mainguy est en effet particulière, car le personnage est particulier ; une ambiance à lui tout seul, imprégnée des couleurs de son enfance, une palette d’émotions indélébiles. À huit ans, Jean-Louis manie le pinceau comme d’autres leurs jouets d’enfants, sans toutefois le casser. À 14 ans, il joue dans la cour des grands, fait déjà des petits boulots et, surtout, il participe à une exposition collective à Deir el-Kamar, auprès de… Cici Sursock, Paul Guiragossian et Élie Kanaan. Grand honneur pour ses petites huiles, première apparition publique et premier succès pour Jean Louis qui peint car «c’était un mode d’expression que j’avais envie d’avoir». À l’adolescence, il s’inscrit au Conservatoire supérieur d’art dramatique à Paris, en quête d’inspiration. À son retour, deux ans plus tard, et probablement en quête d’applaudissements, il interprète tout seul sur la scène du théâtre de Mounir Abou Debs, «un collage sans nom à travers des textes divers. L’ego le plus total, mais qui ne se prenait pas du tout au sérieux !». Pour lui qui croit que «toute envie est un besoin, qui part du plus profond de soi», les besoins deviennent des urgences à assouvir. Ses apparitions publiques se feront plus nombreuses, la radio à laquelle il prête sa voix, la télévision à laquelle il offre son talent et le théâtre auquel il cède ses mots, «la pièce qui s’appelait “al Ghiab” devait avoir lieu dans l’amphithéâtre de Byblos, face au soleil couchant. La représentation sera annulée pour cause de guerre». Un acte d’amour En quête de savoir-faire, enfin, Jean-Louis intègre l’Alba d’abord, puis l’Ensead, «j’y ai appris le design industriel», et termine en beauté par un stage au «Stage and Costume Design» à Londres, «de manière à revenir quelque part au théâtre». Ce monde infini de couleurs et de matières qu’il emportera avec lui comme un bagage indispensable. «Mon premier projet d’architecture intérieure ? Trois clients en même temps. Un appartement, une villa et les “Artisans du Liban” à la rue Clemenceau. Les premiers clients sont des kamikazes qui prennent un risque énorme, ils font confiance à une personne qui n’a encore rien fait. Le premier pas peut être un faux pas, il est déterminant pour une vie entière. Le décorateur fait l’amour avec la matière, l’espace, les volumes. Il doit embrasser tout cela en même temps !». Ces premiers actes d’amour furent suivis par d’autres, aussi intenses. « Pour réussir un projet, il faut déshabiller complètement le client, le faire réagir et comprendre à travers ses réactions sa nature intrinsèque. Le projet lui colle tellement à la peau qu’il est impossible de le refaire à quelqu’un d’autre. Les projets sont aussi peu ressemblants que les gens le sont. J’essaie de créer une harmonie faite d’un kaléidoscope de matières. C’est un peu comme faire chanter des voix quelquefois anachroniques mais qui vont faire une mélodie». Créer des appartements, des villas, des banques, des bureaux et puis, pour son plus grand plaisir, ouvrir des parenthèses, brèves, par manque de temps, dans le cinéma, Les petites guerres de Maroun Baghdadi et Beyrouth la rencontre de Bourhan Alaouié, l’enseignement à l’Alba, «sept années d’extraordinaire remise en question à communiquer» et enfin la scénographie, Juin et les mécréantes, l’exposition Gibran Khalil Gibran et celle de Georges Schéhadé au musée Sursock ainsi que l’hommage à Nadia Tuéni au jardin de Zouk. En1996, il inaugure avec son complice Bassam Daher la galerie Ensembles, «pour moi, il était important de mettre en scène des ensembles, et … continuer ma folie de collectionneur. Ma maison ne contient plus rien». Sa fameuse maison hantée «par moi !» «Je ne sais plus ce que je n’ai pas dit, conclut Monsieur Mainguy dans une dernière tirade. J’aime parler de ce que je fais. Cette recherche de l’essentiel atteinte par l’intemporalité d’un acte. Cette continuité dans l’impermanance. J’aime ce métier pour donner de la joie aux gens qui vont vivre avec des couleurs, des matières et des objets. Une joie éphémère. Et un métier éphémère». Un peu comme le théâtre. Rideau.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Jean-Louis Mainguy est un homme de scène. Lorsqu’il approche un espace, il le transforme, du regard d’abord, en un immense théâtre où il jouerait son plus beau rôle. Lorsqu’il l’évoque de sa voix posée, il trouve les mots pour le dire, décrire les couleurs, évoquer les sensations qui le frôlent. Puis, acte III, il se laisse enfin aller à mettre en scène ses rêves les plus fous, sa passion, créer une ambiance, un lieu de vie. La scène se passe dans les bureaux d’architecture intérieure de Monsieur Mainguy. Officiellement décorateur, ensemblier, scénographe, membre du comité du Festival de Beiteddine et premier vice-président de l’Union des Français de l’étranger, section Liban. Officieusement, alchimiste. Une large bibliothèque en bois habille les murs de son âme et celle des nombreux livres d’art,...