Le débat sur le multipartisme entamé en Érythrée a mis au jour de profondes divergences au sein du Parti unique du président Issaias Afeworki, à l’approche d’élections législatives annoncées pour le mois de décembre. Plusieurs vieux compagnons de la lutte armée pour l’indépendance de l’Érythrée réclament depuis plusieurs mois une gestion plus collégiale des affaires du pays, reprochant au chef de l’État une dérive autocratique, ont indiqué des sources diplomatiques à Asmara. La préparation de ce premier scrutin national de l’histoire du pays, repoussé en 1998 pour cause de conflit contre l’Éthiopie, demeure peu avancée : deux projets de loi – l’un sur le code électoral et l’autre sur les partis politiques – ont été publiés et sont débattus, selon le pouvoir, au niveau des régions. Aujourd’hui, seul le Front populaire pour la démocratie et la justice (PFDJ, émanation du Front pour la libération du peuple érythréen, EPLF) est autorisé en Érythrée, où le parti a la mainmise sur la politique mais également l’économie du pays, par le biais de sociétés dans lesquelles il dispose d’une part majoritaire. Malgré la culture du secret cultivée par les cercles du pouvoir érythréen depuis l’indépendance de fait, en 1991, des divergences ont commencé à se révéler sur la place publique. À l’automne, des personnalités de la diaspora ont publié sur Internet de nombreuses critiques de la gestion autocratique du président, mettant en cause notamment les décisions militaires prises pendant le récent conflit, au cours duquel l’Éthiopie l’a emporté sur le terrain en occupant de vastes portions du sud érythréen. Une fronde a également éclaté au sein même du comité central du parti, menée par ces «vieux compagnons». Dans une interview au journal privé Tzgienay à l’occasion des fêtes du 10e anniversaire de l’indépendance, l’un d’entre eux, Mesfin Hagos, estime qu’il reste bien du chemin à faire en matière de démocratisation. «Au cours des neuf dernières années, je ne peux pas dire que beaucoup a été fait en cette matière, en raison de la reconstruction du pays, de la ratification de la Constitution et de la protection du pays contre l’agression éthiopienne», a-t-il notamment déclaré. «Nous devons à présent soutenir et encourager l’établissement d’un gouvernement plus démocratique», a-t-il ajouté. Dans son discours du 10e anniversaire, le président Issaias a confirmé l’évolution vers le multipartisme, inscrite dans la Constitution, sans en préciser toutefois ni la forme ni le calendrier et en insistant sur les dangers associés à ce processus. «Certains adversaires extérieurs pourraient voir dans les élections et dans la formation de partis politiques une occasion de nous affaiblir», a-t-il notamment indiqué. Il s’est également engagé à continuer de lutter contre la corruption, une déclaration interprétée par certains observateurs comme une menace voilée à l’égard de ses opposants. Plusieurs de ces «réformistes» ont été écartés de postes à responsabilité au sein du pouvoir, même s’ils demeurent au gouvernement. L’entourage direct du président Issaias est désormais composé de cadres du PFDJ et non plus d’anciens combattants de l’EPLF, précise un diplomate occidental. «Les gens parlent beaucoup de politique, de la façon dont la guerre a été menée, des fautes commises», ajoute-t-il. Signe du blocage, aucune date n’a été fixée pour le 4e congrès du parti au cours duquel le front doit établir sa stratégie et décider de son avenir dans un cadre multipartite. «Le fait qu’il y ait un débat prouve bien que la démocratisation est en cours», estime de son côté un proche du président. Toutefois, ajoute-t-il, «il est peu probable qu’un véritable multipartisme voie le jour avant les législatives».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le débat sur le multipartisme entamé en Érythrée a mis au jour de profondes divergences au sein du Parti unique du président Issaias Afeworki, à l’approche d’élections législatives annoncées pour le mois de décembre. Plusieurs vieux compagnons de la lutte armée pour l’indépendance de l’Érythrée réclament depuis plusieurs mois une gestion plus collégiale des affaires du pays, reprochant au chef de l’État une dérive autocratique, ont indiqué des sources diplomatiques à Asmara. La préparation de ce premier scrutin national de l’histoire du pays, repoussé en 1998 pour cause de conflit contre l’Éthiopie, demeure peu avancée : deux projets de loi – l’un sur le code électoral et l’autre sur les partis politiques – ont été publiés et sont débattus, selon le pouvoir, au niveau des régions....