Pour la première fois depuis le début de sa carrière politique, Charles Pasqua, deux fois ministre de l’Intérieur et candidat à la prochaine élection présidentielle, a été mis en examen hier pour le financement présumé illégal de sa campagne européenne de 1999. Au terme d’une audition de plus de quatre heures comme témoin assisté, Charles Pasqua, 74 ans, a annoncé lui-même sa mise en examen à la presse sur les marches du pôle financier du Palais de justice de Paris. Il est poursuivi pour «financement illégal de campagne électorale par acceptation de dons non conformes au code électoral» dans cette enquête concernant sa campagne pour le scrutin européen de 1999 et ouverte le 19 avril en marge de l’affaire du trafic d’armes vers l’Angola. M. Pasqua, défendu par maîtres Gilbert Collard et Léon Lef Forster, est de nouveau convoqué comme témoin assisté aujourd’hui dans le cadre de l’affaire du trafic d’armes vers l’Angola. Il pourrait de nouveau être mis en examen. Lors d’une brève déclaration à la presse, l’ancien ministre de l’Intérieur (1986-88 et 1993-95) a indiqué : «Mes avocats et moi-même avons clairement apporté la preuve que les imputations qui nous étaient reprochées sur le financement électoral ne reposaient sur aucune réalité». Il a encore affirmé que cette mise en examen n’enlevait rien à sa «détermination» dans son action politique à la tête du Rassemblement pour la France (RPF) et concernant sa candidature à l’élection présidentielle de 2002. Les juges Philippe Courroye, Isabelle Prévost-Deprez et Michelle Vaubaillon, en charge de ce dossier, s’interrogent sur d’importants virements d’argent effectués pour appuyer les activités politiques de M. Pasqua et provenant notamment de ses amis corses installés en Afrique centrale. Enquête pour blanchiment à Monaco Responsable du PMU au Gabon, Marthe Mondoloni a ainsi versé en juin 1999 7,5 millions (1,14 million d’euros) de francs pour financer la campagne européenne de M. Pasqua. Elle était en position inéligible sur sa liste (55e position). Marthe Mondoloni est la fille de Michel Tomi, un homme d’affaires proche de M. Pasqua. Michel Tomi et Robert Feliciaggi, autre proche de l’ex-ministre, doivent prochainement être mis en examen par un juge de Monaco dans une affaire de blanchiment. En matière de financement politique, «tous dons en liquide supérieurs à 1 000 francs (152 euros) impliquent la culpabilité de celui qui donne comme celui qui reçoit. Pour les virements en chèque, cette somme est de 30 000 francs», (4 573 euros) a indiqué Me Gilbert Collard. L’argent versé par Marthe Mondoloni, «est un prêt et pas un don», a-t-il affirmé, précisant que «le remboursement est échelonné jusqu’en 2003». M. Pasqua a toujours nié un quelconque lien avec l’affaire du trafic d’armes vers l’Angola et affirmé que le financement de sa campagne européenne et de son parti est clair. Son statut de député européen interdit aux juges de prendre toute mesure coercitive à son égard, comme une garde à vue, un contrôle judiciaire ou un placement en détention provisoire. Philippe de Villiers, qui menait une liste souverainiste avec M. Pasqua, avait claqué la porte du RPF, l’été 2000, avant de venir de sa propre initiative témoigner dans l’affaire du trafic d’armes vers l’Angola, dénonçant l’opacité de la gestion du RPF. Il avait alors qualifié ce dossier d’«affaire d’État avec des ramifications intercontinentales et des développements insoupçonnables».
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