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Actualités - Biographies

Le mystère Rivette, maître - à penser de la Nouvelle Vague

«Jacques Rivette est parmi les cinéastes de la Nouvelle Vague, celui qui reste aujourd’hui encore le plus mystérieux», lit-on en postface du premier ouvrage qui lui soit consacré. L’ouvrage de la scénariste et critique Hélène Frappat est dans la ligne de la revue : le commentaire érudit, voire parfois abscons, y côtoie l’élément biographique et les témoignages de tiers qui donnent de précieuses indications sur la méthode du metteur en scène. Il est vrai que le cinéma de Rivette n’est pas «grand public» et la matière du critique autant que du cinéaste est complexe. En guise de long préambule, l’auteur met en exergue l’omniprésence de la scène dans l’œuvre de Rivette, qu’elle soit elle-même lieu de la dramaturgie ou que le traitement cinématographique du cinéaste lui soit intimement associé, du premier long métrage (Paris nous appartient – 1958/60) au dernier (Va savoir – 2000/01). Y est déjà évoquée la violence toute intellectuelle du maître à penser de la Nouvelle Vague. «D’une façon générale, la manière dont Jacques fait ses films met tout le monde en danger», dit de lui Pascal Bonitzer, devenu le scénariste attitré de Rivette depuis L’amour par terre (1983). Jacques Rivette est né le 1er mars 1928 à Rouen. Une comédie de Gregory La Cava, aussi bien que La belle et la bête de Jean Cocteau seront parmi les premières pellicules à impressionner l’œil d’une «enfance sous les bombes». Premier article dans les « Cahiers » en 1953 Rivette dévore livres et films et réalise son premier court métrage (Aux quatre coins) en 1949. Il monte à Paris la même année et très vite intègre les milieux cinéphiles. Sa double culture littéraire et cinématographique et ses jugements tranchants en font une figure de proue, un «Saint-Just». Son premier article dans les Cahiers est de février 1953 et pour lui, au style de l’œuvre cinématographique doit répondre un style de la critique. Le coup du berger, quatrième court métrage de Rivette (1956), est pour Frappat l’acte fondateur de la Nouvelle Vague. Arrivent alors aussi les premiers projets avortés (Les quatre jeudis, La cité, commandé par Roberto Rossellini) jusqu’à Paris nous appartient. Le tournage est une épopée qui s’étire sur 13 mois. Quand il n’a plus de pellicule, Rivette en emprunte à Claude Chabrol qui tourne Les cousins. Jean-Claude Brialy fait la navette entre les deux films et quand il n’est pas là, Rivette réécrit son rôle pour justifier son absence. Un plan montre un personnage en haut d’un escalier. Un an plus tard, un autre plan le montre en bas du même escalier. Quand Rivette ne s’éclipse pas du plateau... Sa méthode est l’antithèse absolue de l’Actor’s Studio puisqu’il «a horreur des acteurs qui affichent sur l’écran leur vie intérieure». Puis Rivette met de côté les travaux pratiques pour assumer la rédaction en chef des Cahiers, de 1963 à 1965, au terme d’un mini-complot qui déposera Eric Rohmer. Il veut que ces derniers redeviennent un «instrument de combat» et il en ouvre les colonnes à des personnalités extérieures au cinéma (Roland Barthes, Claude Levi-Strauss, Pierre Boulez). Vient ensuite le scandale de La religieuse, d’après Denis Diderot, film interdit en 1966. Godard apostrophe André Malraux, alors ministre de la Culture du général De Gaulle, et sa «lâcheté». L’année suivante, La religieuse est un énorme succès public. Mais du point de vue de sa méthode, Rivette atteindra les extrêmes avec son œuvre suivante, Out 1, dont une version (jamais montrée) dure 12 heures 40 et l’autre 4 heures 20. C’est le plus parfait exemple d’improvisation sauvage, où toute latitude est laissée au comédien de faire évoluer son personnage, donc l’histoire, comme il l’entend. Mais le maître veille tout de même. Après cela, Rivette va poursuivre son petit bonhomme de chemin, parvenant peu ou prou à aligner des films de manière plus ou moins régulière, tout en cultivant sa solitude, même s’il laisse la cinéaste Claire Denis, qui fut son assistante, lui tirer un portrait filmé en 1990.
«Jacques Rivette est parmi les cinéastes de la Nouvelle Vague, celui qui reste aujourd’hui encore le plus mystérieux», lit-on en postface du premier ouvrage qui lui soit consacré. L’ouvrage de la scénariste et critique Hélène Frappat est dans la ligne de la revue : le commentaire érudit, voire parfois abscons, y côtoie l’élément biographique et les témoignages de tiers qui donnent de précieuses indications sur la méthode du metteur en scène. Il est vrai que le cinéma de Rivette n’est pas «grand public» et la matière du critique autant que du cinéaste est complexe. En guise de long préambule, l’auteur met en exergue l’omniprésence de la scène dans l’œuvre de Rivette, qu’elle soit elle-même lieu de la dramaturgie ou que le traitement cinématographique du cinéaste lui soit intimement associé, du...