La victoire aux élections italiennes du magnat de la presse Silvio Berlusconi inspirait mardi aux journaux de gauche en Europe des critiques aux accents de lutte des classes tandis que les quotidiens libéraux attendaient de lui qu’il fasse ses preuves. «Jour noir pour l’Italie», a titré le quotidien communiste français L’Humanité. «La droite européenne a un nouveau Führer», a annoncé le quotidien de gauche allemand Tageszeitung tandis que le quotidien espagnol indépendant El Pais titrait «Le maître de l’Italie». Fidèle à une rhétorique qui semblait ne plus être de mise, la presse russe a évoqué «l’oligarque» Berlusconi, demandant comment le richissime homme d’affaires de 64 ans va organiser les rapports entre l’État et le grand capital. Le quotidien britannique The Independant a persisté à considérer, comme l’avait fait avant le scrutin l’hedomadaire The Economist, que «M. Berlusconi n’est pas l’homme qu’il faut pour conduire les destinées de son pays». La présence au sein de la coalition de droite victorieuse d’éléments xénophobes, antieuropéens ou post-fascistes intriguent aussi les commentateurs politiques dans les capitales européennes qui se demandent si M. Berlusconi pourra ne pas être l’otage de ces extrémistes. La victoire de Berlusconi «est extrêmement préoccupante en raison (...) de ses alliés qui n’ont rien à envier à Haider, en Autriche, pour ce qui est de la xénophobie», a estimé El Pais. Mais pour le grand quotidien allemand des milieux d’affaires, Frankfurter Allgemeine Zeitung, «il n’y a pas de raison de céder à l’hystérie» puisque «personne ne doit craindre de voir les droits de l’homme bafoués ou l’euroscepticisme devenir une opinion dominante» en Italie. Le journal de gauche français Libération a rejoint ce point de vue en estimant qu’après l’échec de la Ligue du Nord d’Umberto Bossi, «la sixième puissance économique du monde, membre fondateur de la CEE, ne court aucun risque d’être mise en quarantaine» par ses partenaires européens comme l’Autriche. « Le plus dur reste à faire » Les journaux européens s’inquiètent aussi de la mainmise de M. Berlusconi sur les médias italiens à travers les trois chaînes privées qu’il possède et les trois chaînes publiques sur lesquelles le gouvernement a un large contrôle. Pour le journal suédois Svenska Dagbladet (conservateur), «le futur chef du gouvernement (...) contrôle 90 % des stations de télévision de son pays» et «cela pose un problème», a jugé ce journal. Le Dagens Nyheter (indépendant) a souligné que Berlusconi «a maintenant 100 jours pour résoudre les conflits d’intérêts (...) qu’il s’est engagé à régler au cours de la campagne électorale». Les commentateurs ont aussi reconnu que les Italiens étaient avertis des alliances de M. Berlusconi et de sa richesse avant de le choisir et qu’ils ont massivement participé à ce scrutin. «Cette élection était un référendum pour ou contre Berlusconi et il l’a gagné», estime le Tageszeitung de Berlin et le journal conservateur suisse Le Temps a assuré que «les mois qui viennent diront si la péninsule s’est fourvoyée en faisant confiance à l’homme d’affaires et des “affaires”». Pour le quotidien espagnol conservateur ABC, «l’espoir que Berlusconi a semé dans de vastes secteurs de la société italienne (...) se fonde surtout sur un désir anxieux de modernisation» de la vie politique italienne. «Paralysée par des décennies de “combinazione” et de mainmise de la démocratie-chrétienne sur l’État, a estimé La Tribune de Genève (centre droit), la péninsule peut enfin connaître les bienfaits du bipartisme à l’anglaise ou à la française». M. Berlusconi devra également faire ses preuves dans le domaine économique, estiment en chœur les journaux financiers français et britanniques. Pour le quotidien économique français Les Échos, «le plus dur reste à faire pour Silvio Berlusconi, c’est-à-dire mettre en œuvre son programme dominé par la promesse de diminuer la pression fiscale». «Il doit remplir maintenant ses obligations stipulées dans le contrat qu’il a proposé à ses électeurs», a souligné le Financial Times de Londres, «des réductions d’impôts, des retraites majorées, plus d’emplois, et des grands travaux, tout en contrôlant les déficits publics».
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