La visite du pape Jean-Paul II, du 5 au 8 mai, est pour la Syrie une occasion rêvée d’exposer devant le monde entier sa vision du conflit avec Israël, surtout lorsqu’il se rendra à Quneitra, «ville martyre» syrienne sur le plateau du Golan. «Israël et les États-Unis nous accusent de terrorisme parce que nous refusons de céder sur nos droits. Quneitra est l’une des preuves du terrorisme israélien», dit le député syrien Yasser Nehlawi. Une brochure du ministère de la Culture présente la ville où le pape ira le 7 mai prier et planter un olivier, à 60 km au sud-ouest de Damas, occupée par Israël en 1967 et évacuée en 1974, au terme des accords de désengagement après la guerre de 1973. «En juin 1967, dit la brochure, Quneitra, une ville riante de 37 000 habitants, était balayée par la brise fraîche soufflant du mont Hermon enneigé, heureuse entre ses arbres fruitiers, sa vigne et son blé». «Aujourd’hui, elle n’est plus qu’une ville fantôme. De part et d’autre des rues intactes, gisent les maisons, effondrées, éventrées, comme soufflées par un gigantesque ouragan», ajoute le texte qui colle dans sa description à la réalité et qui affirme que Quneitra a été «complètement dynamitée» par les Israéliens avant leur retrait. «La Syrie n’a pas reconstruit Quneitra pour qu’elle témoigne de la barbarie d’Israël», dit un député du Golan, Medhat Saleh. Les déplacés du Golan, 500 000 d’après lui, vivent dans des complexes spéciaux situés à Damas et ses environs. Le but de la visite du pape à Quneitra «est de vivre un peu avec les déplacés qui vont regagner la ville à l’occasion», dit Mgr Isidore Battica, vicaire patriarcal grec-catholique de Damas et président du comité d’organisation du voyage de Jean-Paul II en Syrie. L’église St-Georges, vieille d’un siècle, dans laquelle le pape doit prier, semble de l’extérieur relativement épargnée. Des façades en pierre de taille, un dôme et deux clochers sont intacts. Mais il ne s’agit que d’une carcasse vide : les icônes du IVe siècle, les statues et même les portes et le dallage ont été «pillés» par les Israéliens, d’après le patriarcat. Le spectacle de désolation à Quneitra sera relayé par plus de 600 journalistes étrangers attendus en Syrie pour le pèlerinage du pape sur les traces de saint Paul. La Syrie n’aura jamais suscité un tel intérêt chez les médias, sauf lors des obsèques du président Hafez al-Assad, en juin 2000. Mais ce sera bien la première fois que les images de la Syrie feront la une pour un événement qui ne soit pas directement lié à la politique ou aux soubresauts du conflit israélo-arabe, vieux d’un demi-siècle. «Le monde verra la richesse de la civilisation en Syrie», dit M. Nehlawi, répercutant l’espoir des Syriens que les images des sites historiques et des souks modifieront la réputation trouble du pays, façonnée par la politique. La Syrie se targue de plus de 3 000 sites historiques, ainsi que de la création du premier alphabet et de la première note de musique écrite. Dans une ville proche de Damas, Maaloula, les habitants parlent encore l’araméen, la langue du Christ. «Notre pays est des plus beaux, j’attends voir sur les télévisions étrangères les images de la mosquée des Omeyyades et de l’église St-Paul, quand le pape y entrera», dit Dana Dabbous, étudiante de 21 ans.
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