La Banque mondiale a saisi l’occasion des réunions de printemps pour accélérer son programme de lutte contre le sida, en rameutant les pays riches autour d’un projet de fonds mondial qu’elle administrerait au nom de ses 182 membres. Selon une source proche de la Banque mondiale, son président James Wolfensohn a obtenu dimanche soir, lors d’une rencontre avec des responsables du Trésor américain, que les États-Unis contribuent largement à un fonds de lutte contre la pandémie. Aucun montant n’était évoqué mais une annonce devrait être faite à ce sujet par M. Wolfensohn lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion du Comité de développement de la Banque, qui se réunissait dans la journée de lundi. De même, un appel à l’adresse de tous les pays développés devrait être lancé dans la journée, leur demandant d’avoir contribué à ce fonds d’ici au début d’une réunion extraordinaire consacrée à la maladie organisée par les Nations unies au mois de juin, selon une source européenne. Les ministres des Finances et gouverneurs des Banques centrales du Groupe des sept pays les plus industrialisés (G7) avaient samedi assuré vouloir soutenir une telle initiative. «Nous travaillerons de façon constructive avec d’autres sur une initiative de santé pour combattre les maladies contagieuses que sont la tuberculose, la malaria et le sida/VIH», ont-ils affirmé dans leur communiqué final. «L’heure est à l’action, en mobilisant tous les partenaires, Banque mondiale, Onusida, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et les ONG (organisations non gouvernementales)», a plaidé dimanche le ministre français de l’Économie et des Finances, Laurent Fabius, dans un discours devant le Comité monétaire et financier international du FMI. Le projet initial de fonds avait été lancé par les Européens et en particulier la France, lors des réunions d’automne du Fonds monétaire international (FMI) et de la BM, en septembre 2000. Une somme de 10 milliards de dollars avait été alors évoquée. Pour autant, aucune concrétisation n’avait suivi les multiples déclarations de bonne intention des pays développés, en dépit des appels des pays les plus touchés, en particulier africains. La Banque mondiale avait bien à cette époque lancé son programme de prêts aux pays africains et a distribué depuis au total 300 millions de dollars en crédits pour permettre à ces États de mettre en place des programmes de prévention. Mais, selon les estimations de la Banque mondiale et de l’Onusida, un programme de base de lutte contre le sida et son virus VIH dans tous les pays africains coûterait un total de 3 à 4 milliards de dollars par an, alors que les engagements actuels totalisent entre 300 et 400 millions de dollars. En 2000, près de 3 millions de personnes sont mortes des suites du sida et plus de 5 millions de personnes ont été infectées par le virus, dont près de 4 millions pour le seul continent africain. «Le sida/VIH n’est plus un problème de santé, c’est un problème de développement mondial (...). Nous avons besoin d’une stratégie de guerre et d’un trésor de guerre», soulignait James Wolfensohn au cours du week-end dans une tribune dans la presse américaine. «L’argent seul ne résoudra pas le problème mais c’est une partie vitale de la solution», poursuivait M. Wolfensohn.
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