La guerre moderne, l’espace et l’aviation produisent quantités d’images dont l’artiste new-yorkaise Joy Garnett s’empare pour réaliser, à l’huile sur de la toile, des œuvres graphiques et colorées. Cette peintre de 40 ans, diplômée des Beaux-Arts à Paris, trouve son inspiration dans des documents militaires déclassifiés, des photos récupérées sur les site Internet de la Nasa ou du département de la Défense, des images de télévision qui, comme celles des caméras infrarouge de CNN sur le toit d’un hôtel de Bagdad pendant la guerre du Golfe, ont fait le tour du monde. «J’ai commencé à travailler sur des photos de microscope de mon père, scientifique dans la recherche contre le cancer, raconte-t-elle dans un grand sourire. Et très vite mon intérêt pour rendre visible ce qui ne l’est pas m’a amené dans le domaine militaire. La science et le monde militaire sont tellement liés». Elle passe des heures sur l’Internet où elle choisit, pour leurs qualités graphiques, des clichés qu’elle va ensuite, en peignant rapidement sur d’assez grands formats, simplifier, styliser, interpréter. Elle présente actuellement (et jusqu’au 19 mai) une trentaine de toiles dans la galerie Debs à Chelsea, un quartier de New York. Rocket Science, l’œuvre qui a donné son nom à l’exposition, est l’extrapolation d’un cliché représentant un tir de missile américain. Red Sea (mer rouge) a été inspirée par une photographie de promotion de la Navy, avec un sous-marin sur fond de coucher de soleil. Ex trails figure trois super bombardiers B52 au décollage. «“Rocket Science”» «identifie une prédilection nationale pour un techno sublime consistant en des paysages dépeuplés et des mécanismes en train d’exploser», explique le catalogue. «Ce sont des images de destruction, d’accident, de danger imminent ou potentiel», ajoute l’artiste. «Je ne suis pas contre la technologie : pour régler les problèmes du monde actuel, nous aurons besoin de la technologie. Mon travail a un contenu politique, mais les gens peuvent l’ignorer s’ils le veulent». Elle est fascinée par les clichés à dominante verte des caméras à infrarouge. Kill Box, un char d’assaut américain dans les sables irakiens, lui a été inspiré par une photo déclassifiée par l’US Army. «Ce sont des choses que l’œil humain ne peut voir. Ces images ne sont pas faites pour l’homme, mais pour d’autres machines chargées de faire la guerre. Nous ne savons même pas à quoi elles ressemblent à l’état brut». Elle a bien évidemment interprété à l’huile les images de l’accident de la navette spatiale Challenger, qui a explosé après 73 secondes de vol dans le ciel de Floride en 1986, provoquant un traumatisme national, et a récemment peint le Concorde en flammes. «On m’a, bien sûr, demandé une version des photos satellites de l’avion espion américain immobilisé sur la piste en Chine, mais je trouve le film vidéo montrant le cockpit du pilote chinois plus intéressant. Je l’ai stocké dans mon ordinateur». «Souvent, au premier abord, les gens voient dans mes toiles des paysages ou de l’abstraction. Puis ils regardent mieux et voient le contexte. Ils comprennent que cette tension est intentionnelle, qu’il y a conflit. Cela les dérange... et me satisfait», conclut-elle.
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