Au terme d’une semaine écourtée de deux journées ouvrables, lundi et mardi, en raison du chômage pascal, le marché des changes de Beyrouth a fonctionné, de mercredi à vendredi, sous le signe de la grave détérioration de la situation dans le pays au lendemain du raid israélien contre une station-radar syrienne à Dahr el-Beidar, en représailles à une opération de Hezbollah dans les fermes de Chebaa. En effet, l’appréhension s’est emparée de la communauté financière dans la mesure où ce développement est de nature à compromettre le climat d’investissement dans le pays et à contrer les efforts du gouvernement en vue de réduire les déficits budgétaires et l’endettement public. De ce fait, les opérateurs se sont montrés indifférents à l’annonce d’une nouvelle augmentation de la dernière émission obligataire de bons du Trésor libanais en devises d’un milliard de dollars à 1,15 milliard à 5 ans et au même taux d’intérêt de 9,875 %, en raison des demandes largement excédentaires de souscriptions dans cette émission, initialement fixée à 600 millions de dollars et portée à un milliard de dollars au début du mois. Ils ont ignoré aussi la décision de Qatar de déposer 60 millions de dollars à la Banque du Liban (BDL) pour dix ans ainsi que celle de l’Iran qui s’est déclarée favorable à un geste pareil dans les prochains jours. Au contraire, la livre libanaise a continué à être délaissée au profit d’un dollar activement recherché en l’absence du moindre intérêt à l’offre en dehors de la BDL qui a maintenu sa fourchette d’intervention entre 1 501,00 LL à l’achat et 1 514,00 LL à la vente du billet afin de préserver la stabilité monétaire dans le pays. Cette action, qui ne cesse d’épuiser les réserves de change de la BDL, est venue donc rétablir encore une fois l’équilibre excessivement rompu entre l’offre et la demande de la devise américaine. En procédant ainsi à la satisfaction de la demande en cette monnaie au haut de sa fourchette d’intervention, celle-ci est parvenue à la faire clôturer au même taux moyen indicatif de 1 507,50 LL, comme depuis plus d’un an et demi. Pourtant, les établissements de crédit, qui se sont approvisionnés en billet vert auprès de la BDL, l’ont pratiquement négocié sur le marché interbancaire entre 1 514,50 et 1 515,50 LL, ont indiqué les cambistes de la place. Et d’ajouter que le volume d’affaires de cette semaine de trois jours ouvrables aurait dépassé 55 millions de dollars, entièrement placés à la vente par la BDL à 1 514,00 LL, dans un marché fort inquiet de la situation sur le double plan local et régional, dans la crainte d’une escalade militaire surtout après que le président syrien eut estimé que «les appels à la retenue sont inutiles». L’euro soutenu par le différentiel entre les taux américains et européens après le geste de la Fed cette semaine À l’étranger, l’euro qui avait démarré la semaine déprimé par le refus de la Banque centrale européenne (BCE) d’assouplir sa politique monétaire a été revigoré par la baisse surprise des taux d’intérêt américains mercredi, qui a déstabilisé le marché. Mardi, de retour d’un long week-end pascal, les investisseurs ont commencé par vendre de l’euro, toujours sous le coup du refus de la BCE d’abaisser ses taux la semaine précédente. En conséquence, la monnaie unique avait brièvement glissé sous le seuil de 0,88 dollar pour la première fois depuis la mi-décembre. Cependant, dès le lendemain, la Réserve fédérale américaine (Fed) prenait les marchés par surprise en décidant d’abaisser brutalement d’un demi-point en pourcentage son principal taux directeur, le ramenant à 4,50 %. Une telle décision a eu pour effet de déstabiliser le marché, les investisseurs s’interrogeant sur les raisons de cette nouvelle baisse précipitée, entre deux réunions régulières de comité de politique monétaire. Certains opérateurs ont interprété cette nouvelle détente du loyer de l’argent, la quatrième depuis le début de l’année, comme étant le signe d’un essoufflement plus prolongé que prévu de la croissance américaine. L’euro a donc bénéficié de cette situation, redressant la tête au-dessus de 0,90 dollar en fin de semaine. Les analystes estiment en effet que la monnaie unique pourrait profiter, au moins à court terme, du différentiel de taux d’intérêt entre les États-Unis et la zone euro. La devise européenne est montée à plus de 0,9050 dollar hier, son plus haut niveau depuis le 20 mars. «Pour la première fois depuis 1994, le différentiel d’intérêt joue en faveur de la zone euro, ce qui devrait attirer les capitaux» en quête de la meilleure rémunération, indiquait une analyse de BNP-Paribas. Le taux interbancaire de la BCE s’élevant à 4,75 % contre 4,50 % aux États-Unis et 5,50 % en Grande-Bretagne. De nombreux analystes soulignaient toutefois que ce facteur risquait de n’avoir qu’un impact à court terme, à l’heure où les inquiétudes sur la croissance européenne demeurent. «Une fois que le marché se rendra compte que l’on a également besoin d’une baisse des taux en Europe, l’euro sera de nouveau sous pression», a noté la Canadian Imperial Bank of Commerce (CIBC). Les cambistes devraient donc observer d’ores et déjà très attentivement les prochaines statistiques sur la zone euro, surtout l’indice mesurant le climat d’affaires en Allemagne IFO qui sera publié après-demain. L’attention se portera également sur la réunion du conseil des gouverneurs de la BCE jeudi prochain sur les taux d’intérêt dans la zone euro. Une majorité d’économistes européens participant à un sondage d’opinion estimaient hier que la BCE attendra jusqu’au mois de mai, voire jusqu’en juin, avant d’abaisser son principal taux directeur. Si la BCE ne baisse pas ses taux d’intérêt, la reprise de l’euro peut-elle être vraiment de longue durée ? s’interrogeait une analyse de la Bank of America. Dans cette attente, le dollar est resté faible à la veille du week-end, se négociant en baisse à New York, hier, par rapport à la fin de la semaine dernière comme suit : – 0,9035 pour un euro contre 0,8885, vendredi dernier – 1,4415 pour un sterling contre 1,4370 – 2,1650 DM contre 2,2010 – 7,2610 FF contre 7,3825 – 1,6925 FS contre 1,7135 – 2 143,30 lires contre 2 179,25 – 122,50 yens contre 124,20. Les Bourses mondiales en forte hausse cette semaine après la baisse des taux américains Sur les places financières internationales, les grandes Bourses mondiales ont nettement progressé cette semaine, profitant de la baisse surprise des taux de la Fed, qui a provoqué une envolée des marchés des deux côtés de l’Atlantique et du Pacifique. L’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles de Wall Street a terminé la semaine sur un gain de 4,65 % à 10 597,41 points hier, en préclôture à 23h heure de Beyrouth, contre 10 126,94 points à la fin de la semaine dernière et l’indice composite de la Bourse électronique Nasdaq de 10,35 % à 2 164,52 points contre 1 961,42 points pendant la même période. Les deux indices n’avaient pas terminé aussi haut depuis le 9 mars dernier. «La cavalerie revient» , a indiqué une note de Salomon Smith Barney en commentant la quatrième baisse des taux américains depuis le début de l’année, et la deuxième décidée en dehors des réunions régulières du comité de politique monétaire de la Fed. Depuis le début de l’année, le taux directeur interbancaire de la Fed est passé de 6,50 % à 4,50 % et son taux d’escompte de 6 % à 4 %, soit une baisse de deux points en pourcentage, la plus forte sur une aussi courte période en seize ans, comme le fait observer Merrill Lynch. Les autres grandes Bourses européennes et asiatiques ont été également stimulées par le geste de la Fed, profitant aussi des prévisions relativement optimistes données cette semaine par plusieurs sociétés de la haute technologie aux États-Unis, laissant croire aux investisseurs que les marchés ont touché les plus bas et devront d’ores et déjà reprendre le chemin de la hausse. Mais, il n’en demeure pas moins que certains professionnels commencent à émettre quelques doutes sur la pérennité de ce redressement, pour qui de nouveaux «profit warnings» (avertissements sur les résultats des entreprises), concernant les résultats du second semestre, risquent de peser sur les cours des actions, notamment en mai. Cette crainte a donc entraîné à la veille du week-end un courant de ventes bénéficiaires réduisant les gains des grandes Bourses. Pourtant on a assisté à une très bonne semaine. L’indice Extra Dax de la Bourse de Francfort a clôturé hier en hausse de 2,09 % à 6 127,97 points contre 6 002,30 points vendredi dernier. Il en est de même de l’indice Footsie de la Bourse de Londres qui a gagné 1,96 % à 5 879,80 points contre 5 766,60 points et de l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris qui a progressé de 1,43 % à 5 449,34 points contre 5 372,71 points pendant la même période. Enfin, la Bourse de Tokyo s’est également reprise cette semaine malgré les incertitudes entourant l’élection mardi prochain du nouveau président du Parti libéral démocrate au pouvoir qui deviendra Premier ministre. C’est ainsi que l’indice Nikkei, qui avait cédé du terrain avant le geste de la Fed, devait renouer avec la hausse après le geste de la Fed, entraîné par les performances des valeurs technologiques américaines et par les perspectives plus optimistes pour le secteur. Mais, des prises de bénéfices, relevées après la flambée de mercredi et de jeudi, sont venues hier réduire la hausse de cet indice à 2,84 % à 13 765,67 points contre 13 385,72 points à la fin de la semaine dernière.
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