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Actualités - Chronologies

Vols habités : du rêve aux désillusions

Quarante ans après la glorieuse incursion de l’homme dans l’espace, ses explorations se sont limitées à la banlieue de la Terre dans les deux dernières décennies, tandis que grandit le scepticisme sur l’utilité des vols habités. Gagarine avait fait rêver l’humanité. Aujourd’hui, l’ISS, la station spatiale internationale où vont s’engloutir la plus grande partie des budgets spatiaux mondiaux, fait grincer les dents, chez les scientifiques comme chez les politiques. «Les progrès de la robotique ont rendu la présence humaine dans l’espace parfois moins indispensable qu’on aurait pu le penser il y a 40 ans», déclare Hubert Curien, ancien ministre de la Recherche, président de l’Académie des sciences. «Il faut s’interroger sur la nécessité de cette présence quand on voit les coûts de certaines expériences», dit-il. L’ISS, rappelle-t-il, va coûter 100 milliards de dollars, autant que le programme Apollo de conquête de la Lune, sans avoir pour autant de vocation précise... «Mais je ne critique pas la décision européenne (et française) de participer à l’ISS, car c’était un engagement nécessaire politiquement. De plus, “pour le sport”, il est capital que l’humanité poursuive l’aventure, avec ce qu’elle comporte de réalisation, de risque accepté et surtout de rêve», ajoute Hubert Curien. «La marche de l’homme sur la Lune fut le plus grand événement du siècle dernier. Pour celui qui s’ouvre, l’ambition de l’envoyer sur Mars n’est que naturelle. Le besoin de dépassement reste entier», selon Hubert Curien. Et puis l’espace reste un laboratoire irremplaçable pour certaines recherches sur le comportement humain : ainsi, sur des années de mission Mir, Alain Berthoz, neurophysiologiste au Collège de France, affirme avoir beaucoup avancé dans la compréhension des effets de la microgravité sur la perception de l’espace, des formes, de la verticalité, etc. Et parmi les recherches les plus exaltantes, figurent celles portant sur les atomes ultrafroids. «Pour employer une image, on travaille sur une “horloge atomique” qui serait capable de mesurer à quelques secondes près l’âge total de l’Univers», explique Hubert Curien. Au CNES (Centre national d’études spatiales), Alain Labarthe, responsable du prochain vol habité, explique que Claudie André-Deshays, à bord de Soyouz, le segment russe de l’ISS, participera fin octobre à toute une gamme d’expériences : neurosciences, biologie, observation des éclairs, cristallisation des protéines, expérience sur les plasmas, etc. Alors qu’«on connaît tout de l’orbite basse», Alain Labarthe se désole du peu d’empressement de la nouvelle Administration américaine pour l’aventure martienne, «le vrai défi, si les budgets demeurent acceptables, maintenant que l’on sait que l’être humain peut vivre en apesanteur sur une longue durée». Pour André Lebeau, ancien président du CNES, les justifications de poursuivre l’aventure «intrinsèquement très coûteuse» des vols habités sont bien «minces», en dehors de la satisfaction de «pulsions».
Quarante ans après la glorieuse incursion de l’homme dans l’espace, ses explorations se sont limitées à la banlieue de la Terre dans les deux dernières décennies, tandis que grandit le scepticisme sur l’utilité des vols habités. Gagarine avait fait rêver l’humanité. Aujourd’hui, l’ISS, la station spatiale internationale où vont s’engloutir la plus grande partie des budgets spatiaux mondiaux, fait grincer les dents, chez les scientifiques comme chez les politiques. «Les progrès de la robotique ont rendu la présence humaine dans l’espace parfois moins indispensable qu’on aurait pu le penser il y a 40 ans», déclare Hubert Curien, ancien ministre de la Recherche, président de l’Académie des sciences. «Il faut s’interroger sur la nécessité de cette présence quand on voit les coûts de certaines...