Slobodan Milosevic a entamé le 1er avril à la prison centrale de Belgrade une longue descente aux enfers qui pourrait le conduire devant la justice internationale pour crimes contre l’humanité, mais cette issue est encore incertaine. L’ancien président yougoslave s’était rendu à l’aube ce jour-là à la justice de son pays, après un siège de sa résidence par la police de Serbie de près de 36 heures. Lâché par ses partisans qui s’étaient pourtant promis d’empêcher son arrestation, abandonné à son sort par son successeur Vojislav Kostunica qu’il croyait en mesure de le protéger, Milosevic n’avait plus d’échappatoire. Soupçonné de délits financiers et de résistance à la force publique, il pourrait être aussi accusé, selon l’agence Beta, d’avoir commandité l’assassinat d’opposants politiques, ce qui le rendrait passible de la peine de mort. L’ex-dirigeant qui, pendant dix ans, a dirigé la Serbie puis la Fédération yougoslave (RFY) d’une main de fer, imposé à son peuple trois guerres, trois défaites (Croatie, Bosnie, Kosovo), et des années d’isolement, n’a plus aucune prise sur son avenir. Selon Beta, M. Milosevic n’a accepté sa reddition qu’après avoir eu connaissance d’un document – notamment signé par M. Kostunica et le Premier ministre de Serbie Zoran Djindjic – dans lequel les autorités de Belgrade assurent que son arrestation «n’a rien à voir» avec le Tribunal pénal international (TPI). Il s’agit d’une «consolation temporaire» car rien n’indique, selon Beta, que Milosevic ne sera pas livré au TPI de La Haye, qui le poursuit pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Tout devrait dépendre, analyse l’agence dans son bulletin hebdomadaire en langue anglaise, de l’issue d’un bras de fer politique auquel se livrent, pour le contrôle du pouvoir, MM. Kostunica et Djindjic. Avec la perspective d’une possible indépendance du Monténégro – avant l’été –, l’avenir de la Fédération yougoslave – qui comprend le Monténégro et la Serbie – est compromis. M. Kostunica risque de se retrouver sans fonction et briguerait alors la présidence de Serbie dont le poste, actuellement occupé par Milan Milutinovic, un ancien allié de M. Milosevic, sera vacant en 2002. Pour contrer ce projet, M. Djindjic, toujours selon Beta, exercerait des pressions sur M. Milutinovic (également inculpé par le TPI) pour qu’il démissionne au plus vite, auquel cas se tiendrait une élection présidentielle anticipée à laquelle M. Kostunica ne serait peut-être pas en mesure de participer. Si M. Kostunica se maintient au plus haut sommet de l’État (Yougoslavie ou Serbie), M. Milosevic peut espérer ne jamais comparaître devant le TPI, dont l’actuel président yougoslave est un farouche adversaire. En revanche, si M. Djindjic parvient à évincer M. Kostunica du pouvoir et à hisser rapidement à la tête de la Serbie un homme de son entourage, l’extradition à La Haye de M. Milosevic «deviendra inévitable», écrit Beta. Pragmatique, M. Djindjic est prêt à souscrire à la volonté internationale de livrer sans délai M. Milosevic au TPI, afin de ne pas hypothéquer l’assistance financière qu’il attend des institutions et pays occidentaux pour reconstruire une économie dévastée par le régime déchu. Un projet de loi sur la coopération avec le TPI sera prochainement examiné par le Parlement de Yougoslavie. Il prévoit l’extradition des ressortissants yougoslaves – ce que la Constitution fédérale interdit – et permettra donc, aux yeux de Belgrade, le transfert de M. Milosevic à La Haye. Mais son adoption est encore sujette à caution car l’actuelle coalition dirigeante de MM. Kostunica et Djindjic, si elle dispose de la majorité absolue au Parlement de Serbie, ne l’a pas au Parlement fédéral. Elle devra compter sur les votes d’un parti monténégrin (SNP/Parti socialiste populaire), hier allié... de Milosevic. À moins que d’ici là, le Monténégro soit sorti du giron de la Fédération yougoslave. M. Milosevic se retrouverait alors face à la seule Serbie.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Slobodan Milosevic a entamé le 1er avril à la prison centrale de Belgrade une longue descente aux enfers qui pourrait le conduire devant la justice internationale pour crimes contre l’humanité, mais cette issue est encore incertaine. L’ancien président yougoslave s’était rendu à l’aube ce jour-là à la justice de son pays, après un siège de sa résidence par la police de Serbie de près de 36 heures. Lâché par ses partisans qui s’étaient pourtant promis d’empêcher son arrestation, abandonné à son sort par son successeur Vojislav Kostunica qu’il croyait en mesure de le protéger, Milosevic n’avait plus d’échappatoire. Soupçonné de délits financiers et de résistance à la force publique, il pourrait être aussi accusé, selon l’agence Beta, d’avoir commandité l’assassinat d’opposants...