Après les raids aériens la semaine dernière sur Gaza et Ramallah, l’élimination hier d’un militant palestinien montre que les tactiques du Premier ministre israélien Ariel Sharon face à l’intifada sont, pour l’instant, identiques à celles de son prédécesseur Ehud Barak, avec des résultats apparemment similaires. Cette attaque n’est pas nouvelle, puisqu’une vingtaine de personnes, selon les Palestiniens, ont été éliminées lors d’actions ciblées attribuées à l’armée israélienne depuis le 9 novembre. Les victimes ont généralement été tuées par des tireurs d’élite, par des bombes actionnées à distance ou, pour trois d’entre elles, lors d’attaques d’hélicoptères. Outre Mohammed Abdel Al, le chef militaire pour le sud de la Cisjordanie du Fateh (le mouvement de Yasser Arafat), Hussein Abayat, et un commandant de la Force-17 (la garde personnelle de M. Arafat), Massoud Ayyad, avaient été éliminés de cette manière, respectivement les 9 novembre près de Bethléem (Cisjordanie) et 13 février au sud de la ville de Gaza. L’importance de l’attaque de Rafah réside dans le fait qu’il s’agit de la première depuis que M. Sharon a pris ses fonctions le 7 mars. Inaugurée par M. Barak, un travailliste, cette politique de liquidation d’activistes avait été unanimement condamnée sur le plan international, y compris par les États-Unis, le principal allié d’Israël. Le fait que M. Sharon s’inspire de M. Barak, dont il critiquait pourtant la faiblesse dans la lutte contre l’intifada palestinienne lorsqu’il était encore chef de l’opposition, prouve que ses options sont relativement limitées et ont, pour la plupart, été déjà essayées. La forte recrudescence de la violence enregistrée dans l’ensemble des territoires palestiniens depuis les frappes par des hélicoptères d’attaque israéliens, le 28 mars, contre des cibles de la Force-17 à Ramallah et dans la bande de Gaza atteste aussi du fait qu’il n’y a pas de solution miracle pour stopper l’intifada. Immédiatement après son arrivée au pouvoir, M. Sharon avait resserré le blocus militaire des villes palestiniennes, une tactique là encore inaugurée par M. Barak. Mais il était rapidement revenu sur cette mesure en raison du tollé général provoqué à l’étranger. M. Barak avait officiellement justifié la politique d’élimination d’activistes palestiniens soupçonnés par l’État juif d’être impliqués dans des actions anti-israéliennes dans une lettre adressée en février à la Cour suprême, la plus haute institution judiciaire du pays, en réponse à une action en justice intentée contre Israël par la veuve de l’une des victimes. «Le droit international permet de frapper en cours d’opération quelqu’un qui a été identifié avec certitude comme s’apprêtant à commettre un attentat contre des objectifs israéliens», avait-il alors affirmé. Autrement dit, là où les Palestiniens y voient des «assassinats», Israël considère, en revanche, qu’il s’agit d’actes légitimes d’«autodéfense». Le gouvernement de M. Sharon a repris cet argument pour justifier la mort de Mohammed Abdel Al. Tout en confirmant qu’il s’agissait bien d’une opération israélienne, le ministre des Transports, Ephraïm Sneh, l’a qualifiée de «préventive», la victime se préparant, selon lui, à perpétrer un attentat de grande envergure dans la bande de Gaza. «C’est le type de personne que nous devons atteindre si nous voulons lutter sérieusement contre la violence», a déclaré à la radio militaire M. Sneh, un travailliste qui était le vice-ministre de la Défense de M. Barak.
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