Slobodan Milosevic a incarné pendant dix ans aux yeux de l’Occident un régime belliciste, dangereux et anachronique jusqu’à sa chute le 5 octobre à la faveur d’émeutes qui firent échouer ses efforts pour se maintenir malgré sa défaite électorale. Ni les guerres en Croatie, en Bosnie et au Kosovo, ni 77 jours de bombardements de l’Otan contre son pays en 1999, ni les sanctions internationales n’avaient paru jusqu’alors ébranler l’autorité de celui qui était resté, pour beaucoup de ses concitoyens, le plus ardent défenseur de la nation serbe. Bête noire de l’Occident, Slobodan Milosevic, 59 ans, a été inculpé en 1999 de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre par le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye. Mais pour l’heure, cette mise en accusation repose exclusivement «sur des crimes commis depuis le début de 1999 au Kosovo». La guerre en Bosnie de 1992 à 1995 a fait au moins 250 000 morts et celle en Croatie en 1991 environ 20 000. Les États-Unis ont fait dépendre leur aide économique à Belgrade de sa coopération avec le TPI, supposant l’arrestation de l’ex-président avant le 31 mars. Néanmoins, les autorités serbes ont affirmé samedi que Milosevic ne serait pas livré au TPI, les accusations à son encontre concernant essentiellement des faits d’abus de pouvoir. Deux mois après son éviction par l’opposition que conduisait l’actuel président Vojislav Kostunica, Slobodan Milosevic avait effectué un retour sur la scène politique en se faisant réélire à la tête de son Parti socialiste (SPS). Fils d’un théologien monténégrin et d’une militante communiste, Slobodan Milosevic est né le 20 août 1941 à Pozarevac (est de la Serbie). Après une formation de juriste, «Slobo» a d’abord fait carrière dans l’industrie et dans le secteur bancaire. Encouragé par son épouse, la néo-communiste Mira Markovic, il se lance dans la politique et s’impose comme un leader énergique, au discours populiste. En 1987, il prend la tête de la Ligue des communistes (fondée par Tito) à l’échelle de la Serbie. En 1990, il est élu président de cette république et fonde le Parti socialiste de Serbie (SPS), sur les structures de la Ligue communiste qui disparaît. Son triomphe lui permet d’aller de l’avant pour la «récupération» du Kosovo en supprimant l’autonomie dont jouissait cette province depuis 1974, et de s’atteler à la défense de tous les Serbes vivant hors de Serbie. En 1992, la Yougoslavie de Tito se désintègre et laisse la place à l’actuelle République fédérale de Yougoslavie (RFY) composée de la Serbie et du Monténégro. L’engagement musclé de Milosevic en faveur des Serbes de Croatie et de Bosnie débouche en 1992 sur des sanctions économiques internationales contre Belgrade. Celles-ci seront allégées après les accords de Dayton (1995) qui mettront fin à la guerre en Bosnie. À cette époque, Slobodan Milosevic apparaît comme le seul interlocuteur serbe de l’Occident. Sa popularité, dans le pays, est à son apogée. Mais l’isolement de la Yougoslavie se renforce avec le conflit au Kosovo –perçu comme le berceau de la nation serbe en dépit d’une population albanaise nettement majoritaire –, dont la responsabilité est attribuée par l’Occident à Milosevic et qui entraîne les bombardements de l’Otan au printemps 1999. L’un des revers les plus sérieux de Slobodan Milosevic reste la victoire en 1998, à la tête du Monténégro, de Milo Djukanovic, un pro-occidental qui ne cesse depuis de s’opposer à la politique de Belgrade et réclame l’indépendance pour sa petite république.
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