Philippe Séguin espérait sortir la droite du «bourbier parisien». Mais le «piège» qu’il pressentait s’est refermé sur lui, marquant d’un point d’interrogation son avenir politique. Victime des déchirures de son camp, de ses erreurs aussi, l’ancien président du RPR n’a pu éviter que la citadelle chiraquienne ne bascule à gauche. À 57 ans, Philippe Séguin a traversé une campagne cauchemardesque, entre les coups incessants du camp tibériste et les rumeurs assassines en provenance de l’Élysée ou du RPR. Caricaturé en adepte SM à la botte de Bernadette Chirac par les Guignols de l’Info, il a aussi prêté le flanc à la critique. Candidat dans le XVIIIe, il ne se place qu’en quatrième position, une place inéligible si la droite ne reprend pas à la gauche cet arrondissement tenu depuis 1995 par Daniel Vaillant et Bertrand Delanoë. Ses explications ne convainquent personne. Michèle Alliot-Marie, la présidente du RPR, doute publiquement de sa stratégie. Ses colistiers l’exhortent à renoncer à ce choix du «tout ou rien». Philippe Séguin entend leurs explications, mais annonce qu’il ne reviendra pas dessus. «Vous imaginez sérieusement, alors que je fais un effort de rajeunissement, un effort de féminisation, que je vais aller retirer la tête de liste à Roxane Decorte ?», s’emporte-t-il, fin janvier, au micro d’Europe 1. Un mois plus tard, coup de théâtre, il prend la tête de liste dans le XVIIIe. L’effet est dévastateur. À l’écouter, on a le sentiment que Philippe Séguin souffre d’une incompréhension des électeurs, qui s’intéresseraient plus aux basses querelles qu’aux véritables enjeux du scrutin. «J’ai surestimé l’aspiration de l’électorat à la transparence. En prenant la quatrième place dans le XVIIIe, j’ai surévalué la capacité des gens à recevoir ce type de message. Mais je ne regrette rien. Ce que je déplore, c’est qu’il y ait une morale publique diffuse, mais théorique, dont tout le monde se contrefiche», confesse-t-il dans les colonnes du Monde. Séguin pourfendeur de la «pensée unique» et de la «gauche du fric» n’a pas convaincu les électeurs. Il n’a pas convaincu non plus son propre parti. «Les chiens aboient, et puis la caravane passe ou essaie de passer», répond-il, lorsque Patrick Devedjian, porte-parole du RPR, estime début février que la bataille est peut-être déjà perdue. Lorsque, entre les deux tours, Michèle Alliot-Marie en appelle à «l’union» de la droite dans chaque arrondissement, mais ne prend pas véritablement parti dans la guerre des nerfs que se livrent Philippe Séguin et Jean Tibéri, le député des Vosges prévient : «Personne ne me poussera à faire ce que je n’ai pas envie de faire». Le candidat officiel de la droite a aussi tiré, tout au long de sa campagne, le boulet de sa démission en pleine campagne des européennes de 1999, où il conduisait la liste RPR-DL. Pas une conférence de presse où on ne lui demande s’il va tenir jusqu’au bout. Aussi, à moins de trois jours du second tour, s’adresse-t-il directement aux électeurs pour leur demander de le laver du «lynchage quotidien», «des coups fourrés et des coups bas», «des trahisons» qu’il dit avoir endurés. L’homme qui voulait lancer à Paris le chantier de la reconquête de la droite s’est heurté à la résistance de Jean Tibéri et aux doutes du RPR, attaché à la ville-symbole de la chiraquie et se méfiant de ce franc-tireur souvent en porte-à-faux avec le chef de l’État. La situation n’est pas nouvelle pour ce dirigeant atypique. En janvier 1990, avec Charles Pasqua, il avait pris la tête d’une fronde contre le tandem Jacques Chirac-Alain Juppé et n’hésitait pas avec son compère à défier le fondateur du Rassemblement en présentant une motion lors des assises du RPR le mois suivant. Deux ans plus tard, il menait campagne pour le «non» au Traité de Maastricht. Artisan de l’élection de Jacques Chirac à l’Élysée, il pousse de tous ses feux la lutte contre la «fracture sociale» dont le théoricien – l’ancien commissaire général au Plan Henri Guaini – conduira sa liste dans le Ve arrondissement, celui de Jean Tibéri. Mais, Jacques Chirac lui préfère Alain Juppé pour Matignon. Investi, au mois de mars dernier, par les partis de la droite pour les élections municipales à Paris, Philippe Séguin avait prévenu qu’il ne venait pas «conserver la capitale, mais la conquérir». «Je savais qu’il y avait la possibilité d’un piège (...) Mais j’ai pensé, et j’espère que ce sera à raison, que je pouvais contribuer à faire sortir mon camp du bourbier parisien», indiquait-il à trois jours du second tour. À tort.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Philippe Séguin espérait sortir la droite du «bourbier parisien». Mais le «piège» qu’il pressentait s’est refermé sur lui, marquant d’un point d’interrogation son avenir politique. Victime des déchirures de son camp, de ses erreurs aussi, l’ancien président du RPR n’a pu éviter que la citadelle chiraquienne ne bascule à gauche. À 57 ans, Philippe Séguin a traversé une campagne cauchemardesque, entre les coups incessants du camp tibériste et les rumeurs assassines en provenance de l’Élysée ou du RPR. Caricaturé en adepte SM à la botte de Bernadette Chirac par les Guignols de l’Info, il a aussi prêté le flanc à la critique. Candidat dans le XVIIIe, il ne se place qu’en quatrième position, une place inéligible si la droite ne reprend pas à la gauche cet arrondissement tenu depuis 1995 par Daniel...