Il a longtemps fait peur, mais aujourd’hui il rassure les Israéliens : Ariel Sharon atteint tardivement le faîte du pouvoir à l’âge de 73 ans, après une carrière militaire et politique des plus controversées. M. Sharon a remporté haut la main le 6 février l’élection au poste de Premier ministre face au chef du gouvernement travailliste sortant Ehud Barak, et il parachève sa victoire en prenant un mois plus tard la tête d’un gouvernement d’union nationale. Surnommé le «bulldozer» pour sa corpulence autant que pour son style de fonceur, cet ancien général a longtemps incarné une politique à poigne, qui ne s’embarrassait guère de scrupules quand il s’agissait de combattre les Palestiniens ou de coloniser leurs terres. M. Sharon est convaincu d’avoir eu raison quand d’autres étaient prêts à céder dans une situation difficile, depuis l’époque où il commandait la première unité de commandos de l’armée israélienne. Pendant longtemps, il n’a guère été populaire auprès des Israéliens, qui l’accusaient d’avoir engagé Israël dans la désastreuse équipée libanaise. Mais tout a changé avec le déclenchement de l’intifada, le soulèvement palestinien, auquel il a contribué par sa visite le 28 septembre sur l’esplanade des Mosquées de Jérusalem, abritant le troisième lieu saint de l’islam. La réputation d’homme fort de M. Sharon est devenue un formidable atout aux yeux d’une population désarçonnée par la poursuite de la violence et hantée par les attentats. M. Sharon, l’un des derniers représentants de la génération des bâtisseurs de l’État juif, s’est présenté lors de la campagne électorale comme l’homme providentiel qui apporterait «l’unité», la «sécurité» et la «paix véritable». Habile manœuvrier, il a réalisé cette unité en faisant des offres généreuses aux travaillistes auxquelles ils n’ont pu résister. «Pour que les citoyens en Israël puissent se sentir à nouveau en sécurité, il faut absolument l’union nationale», a déclaré mercredi M. Sharon. Il appelle les Arabes à la paix, mais reste vague sur la façon dont il compte aboutir à un accord avec les Palestiniens sans démanteler une seule colonie juive. Ce faucon a été élu à la tête du Likoud (droite nationaliste) après la cuisante défaite électorale, en mai 1999, de l’ancien chef de gouvernement Benjamin Netanyahu. Il y a déjà 20 ans, M. Sharon dessinait la carte de la colonisation israélienne en Cisjordanie, alors qu’il gérait le portefeuille de l’Agriculture dans un premier gouvernement de droite. Mais c’est aussi un pragmatique, qui a fait évacuer manu militari et raser les colonies juives du Sinaï en 1982 après le traité de paix avec l’Égypte. Concernant les Palestiniens, il a toujours considéré que leur patrie était la Jordanie, mais a fini par s’accommoder de la création d’un État palestinien sur moins de 50 % de la Cisjordanie, désarmé et sans contrôle sur les ressources en eau. Né en 1928 en Palestine de parents originaires de Biélorussie, M. Sharon a montré lors de sa carrière dans l’armée, où il s’est engagé à 17 ans et a été deux fois blessé, un goût prononcé pour les méthodes expéditives. À la tête de l’unité 101 des commandos puis des unités parachutistes, il lance des opérations punitives, dont la plus sanglante se soldera en 1953 par la mort d’une soixantaine de civils dans le village palestinien de Kibya. En 1969, le général Sharon brise pour plusieurs années la résistance palestinienne dans la bande de Gaza par des opérations de commandos, dont il pourrait s’inspirer aujourd’hui pour tenter de stopper l’intifada. Durant la guerre d’octobre 1973, il prouve à nouveau ses capacités militaires en franchissant le canal de Suez et en encerclant l’armée égyptienne. Ministre de la Défense, il prépare et conduit en 1982 la tragique équipée du Liban. Une commission d’enquête officielle conclura à sa «responsabilité indirecte», mais personnelle, dans les massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, en septembre 1982, par une milice chrétienne alliée à Israël. Les recommandations de cette commission l’obligeront à quitter le ministère de la Défense. Dix-huit ans après, il tient sa revanche.
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