Avec l’élection présidentielle de dimanche, la troisième en l’espace de dix ans, et deux alternances réussies au sommet de l’État en 1991 et 1996, le Bénin du général Mathieu Kérékou sera devenu, en l’espace d’une décennie, un laboratoire de la démocratie sur le continent africain. «Quartier latin» de l’Afrique à l’époque coloniale, puis enfant malade du continent après les indépendances en 1960 en raison des nombreux coups d’État, le pays est ainsi redevenu un exemple encore trop rare. Le Bénin a également élu trois Parlements différents depuis 1991, sans qu’à aucun moment la violence ne soit venue perturber les processus électoraux. Après cinq coups d’État réussis de 1960 à 1972, le pays connaîtra une relative stabilité, avec l’instauration par le général Mathieu Kérékou d’un régime «militaro-marxiste». Cette accalmie due à l’autoritarisme du régime ne résistera pas à la crise économique de la fin des années 1980. Face à la crise et au retard dans le paiement des salaires, les syndicats, soutenus par les étudiants, vont renouer avec la contestation et l’agitation sociale. Confronté à une contestation de plus en plus grande et pressé par les bailleurs de fonds – notamment la France, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international – de libéraliser son régime pour obtenir de l’aide, le général Kérékou proposera en décembre 1989 une «conférence nationale», la toute première en Afrique, à laquelle participera l’ensemble des «forces vives de la Nation», pour trouver une issue à la crise. Il renonce à l’idéologie marxiste, prend ses distances vis-à-vis du parti unique, reconnaît ses fautes et demande publiquement pardon au peuple. En dix jours, en février 1990, la conférence nationale, à laquelle participent environ 500 délégués venus de tous les horizons, balise le terrain pour l’instauration de la démocratie. Elle adopte une loi constitutionnelle, institue une période de transition avec un Premier ministre et un Haut Conseil de la République comme Parlement de transition et dépouille le président de l’essentiel de ses pouvoirs. Surpris, Kérékou accepte de jouer le jeu et les Béninois diront alors «qu’ils ont vaincu la fatalité». En février et mars 1991, des élections législatives puis une présidentielle sont organisées. Kérékou perd son fauteuil en faveur du Premier ministre de la transition Nicéphore Soglo, quitte le pouvoir et se retire dans sa résidence de Cotonou. Il n’en ressortira qu’en 1996 pour repartir victorieusement à la conquête du pouvoir par les urnes. Dimanche, les Béninois éliront au cours du «scrutin de la maturité» un président pour clôturer l’époque Kérékou-Soglo. Tous deux candidats, ils seront frappés par la limite d’âge au prochain scrutin. Cette élection, quelle qu’en soit l’issue, marquera la fin de la période d’apprentissage de la démocratie pluraliste commencée en 1990.
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