L’ancien Premier ministre israélien Shimon Peres, infatigable artisan de la paix au Proche-Orient, revient au premier plan de la scène politique en prenant la direction de la diplomatie dans le gouvernement d’union nationale d’Ariel Sharon. M. Peres, 77 ans, a été désigné sans vote, hier, par le comité central des travaillistes réuni à Tel-Aviv, étant le seul candidat pour le poste de ministre des Affaires étrangères. Ce nouveau retour est d’autant plus spectaculaire que M. Peres était considéré comme politiquement fini il y a seulement quelques mois après sa défaite humiliante face à un député de droite totalement inconnu à l’étranger, Moshé Katsav, pour l’élection au poste de chef de l’État. Relégué par le Premier ministre sortant Ehud Barak au poste symbolique de ministre de la Coopération régionale, M. Peres n’a été véritablement sollicité qu’une fois par M. Barak, pour rencontrer M. Arafat à Gaza en novembre, dans une tentative d’endiguer l’intifada (révolte palestinienne). Les sondages effectués avant l’élection au poste de Premier ministre du 6 février avaient toutefois commencé à le relancer, dans la mesure où ils lui donnaient tous une bien meilleure chance que M. Barak face à M. Sharon. M. Barak avait toutefois refusé de se désister au profit de son rival, avant de se faire écraser de quelque 25 points par le chef de la droite. Cette déroute devait entraîner sa démission et faire le jeu de M. Peres en le remettant en selle. M. Peres est ainsi redevenu l’homme fort du Parti travailliste, comme on l’a vu lundi lors de la réunion du Comité central chargé de se prononcer sur l’entrée des travaillistes dans un gouvernement d’union nationale. Son plaidoyer passionné en faveur de l’union nationale avec la droite avait été le moment fort de cette réunion chaotique. La carrière politique de M. Peres a débuté à 25 ans, le jour où, en faisant de l’auto-stop, il rencontre le «vieux lion» David Ben Gourion, qui devient aussitôt son mentor et lui confie les achats secrets d’armes à l’étranger. Intellectuel brillant, faucon dans sa jeunesse, reconverti plus tard en colombe, il a été l’artisan de la force militaire d’Israël, particulièrement dans le domaine nucléaire, puis l’architecte des accords d’Oslo avec les Palestiniens en 1993. Ces accords lui ont valu en 1994 le prix Nobel de la paix, décerné également au Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin et à M. Arafat. Né à Vishneva (Pologne) en 1923, Shimon Peres est arrivé en Palestine à l’âge de 11 ans. Après la création de l’État d’Israël en 1948, il devient à 29 ans directeur général du ministère de la Défense. En 1984, il prend la tête d’un gouvernement d’union nationale avec le Likoud (droite), dont il devient en 1986 vice-Premier ministre. Il le restera jusqu’en 1990. En 1992, il redevient chef de la diplomatie du Premier ministre Yitzhak Rabin, auquel il succède après son assassinat par un extrémiste juif le 4 novembre 1995 à Tel-Aviv. M. Peres perd ensuite d’extrême justesse les élections en mai 1996 face au candidat du Likoud Benjamin Netanyahu. L’année suivante, il est évincé de la direction du Parti travailliste par M. Barak, qui crée tout spécialement pour lui, après son élection en mai 1999, le poste de ministre de la Coopération régionale, sans aucun poids politique. Il s’attachait depuis lors à promouvoir sa vision d’un «nouveau Proche-Orient» centré sur la coopération économique entre Israël et ses voisins arabes. Cela lui a valu d’être qualifié d’incorrigible rêveur et même d’être accusé de vouloir faire perdre à Israël son identité juive.
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