L’interdiction en Belgique de sacrifier des moutons lors de la fête rituelle de l’Aïd el-Kébir, pour éviter tout risque de propagation de l’épidémie de fièvre aphteuse apparue en Grande-Bretagne, a porté un rude coup à l’importante communauté musulmane du pays. «La fête aura bien lieu, mais ce sera une demi-fête. Parce qu’une fête sans sacrifice n’est pas une fête. Mais bon, je pense que les musulmans comprendront et seront sages. On ne peut pas faire courir le risque au pays de contaminer tous les cheptels belges», a estimé hier Nordin Maloujahmoum, le président de l’Exécutif des musulmans de Belgique. «C’est une secousse sismique» pour les communautés islamiques qui ont «assailli de questions» les autorités, reconnaissait pour sa part Renaud Klee, chef de cabinet adjoint de la ministre écologiste de la Santé, Magda Aelvoet. L’an dernier, pour la seule région de Bruxelles où vivent environ 100 000 musulmans, quelque 25 000 moutons ont été égorgés et 126 tonnes de déchets de carcasses et d’abats récoltées. À mesure de la découverte de nouveaux foyers britanniques de fièvre aphteuse – une maladie extrêmement contagieuse pour les animaux mais considérée comme sans danger pour l’homme –, la Belgique a renforcé les mesures de prévention sur son territoire. Après l’embargo décidé sur tous les animaux d’élevage britanniques, puis la fermeture des marchés aux bestiaux, le gouvernement a interdit le 24 février tout transport d’ovins, puis mercredi tout abattage, y compris rituel. Une décision prise à cinq jours de la traditionnelle «fête du mouton» – au cours de laquelle, à l’exemple d’Abraham, un des prophètes de l’islam, les fidèles sacrifient des moutons –, qui ruine tout espoir de pouvoir égorger ces bêtes. Traditionnellement, les familles doivent distribuer les trois quarts de l’animal abattu aux pauvres, et consommer le reste durant la fête. Dans un pays comptant 350 000 à 400 000 musulmans (pour 10,2 millions d’habitants), ce qui fait de l’islam la deuxième religion, le coup est rude. Certains musulmans avaient déjà versé des acomptes de 3 000 francs belges (75 euros) pour acheter un mouton, explique Mohammed Jamouchi, de l’Exécutif des musulmans. Contraint de collaborer avec le gouvernement, l’Exécutif a défendu la mesure : «Selon la sunna (tradition), l’abattage rituel implique que les animaux soient sains et en bonne santé, ce qui ne peut pas être garanti dans la situation actuelle», a-t-il expliqué. Un numéro gratuit a été mis en place et des tracts d’explication vont être diffusés en français et en néerlandais, ainsi qu’en arabe et en turc, 85 % des musulmans de Belgique étant d’origines marocaine ou turque. «Les réactions sont partagées», relève Nordin Maloujahmoum. «Il y a des gens qui, malheureusement, sont très tristes. Ils demandent comment cela peut arriver quelques jours avant la fête et sont très dubitatifs. Certains pourraient égorger des poules ou d’autres volailles». «Et puis d’autres, qui ont peur de l’augmentation des différentes maladies bovines et ovines, sont un peu soulagés», ajoute-t-il. Depuis l’élection fin 1998 de l’Exécutif des musulmans, la Belgique est le seul pays européen doté d’une telle instance représentative, interlocutrice des autorités nationales. «Incontestablement, pour cette affaire, cet organe a joué un rôle d’apaisement», juge M. Jamouchi.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’interdiction en Belgique de sacrifier des moutons lors de la fête rituelle de l’Aïd el-Kébir, pour éviter tout risque de propagation de l’épidémie de fièvre aphteuse apparue en Grande-Bretagne, a porté un rude coup à l’importante communauté musulmane du pays. «La fête aura bien lieu, mais ce sera une demi-fête. Parce qu’une fête sans sacrifice n’est pas une fête. Mais bon, je pense que les musulmans comprendront et seront sages. On ne peut pas faire courir le risque au pays de contaminer tous les cheptels belges», a estimé hier Nordin Maloujahmoum, le président de l’Exécutif des musulmans de Belgique. «C’est une secousse sismique» pour les communautés islamiques qui ont «assailli de questions» les autorités, reconnaissait pour sa part Renaud Klee, chef de cabinet adjoint de la ministre...