Leurs vieux tee-shirts troués, raidis par le sel, les orpailleurs de la plage lavent, frottent, filtrent le sable à la recherche de poussière d’or et d’argent, ultime résidu des bijouteries de la ville. Près du marché aux poissons de Dakar, entre vieux pneus, détritus et chaloupes de pêcheurs, une quinzaine de ces chercheurs d’or s’activent autour de leurs bassines en plastique ou de leurs longs établis de bois inclinés vers la mer. Ce sont tous des immigrés guinéens, venus à Dakar pour y chercher du travail, pour «tenter leur chance». Samba Ba, 58 ans, était «vendeur au marché». Mais cela ne rapportait rien, alors, il y a trois ans, il est devenu chercheur d’or, ce qui ne rapporte pas beaucoup plus, affirme-t-il. Mama Samba Kanté, 35 ans, forgeron, confirme. Il montre au creux de sa main quelques grains de sable, censés figurer ce qu’il trouve d’or en trois, quatre ou cinq mois. À peu près 20 grammes, précise-t-il. À 2 000 francs CFA (2,80 dollars) le gramme, c’est peu pour élever ses trois enfants. Dans la même période, il récupère environ 50 grammes d’argent, revendus 5 000 ou 6 000 francs CFA (7 ou 8,40 dollars) aux bijoutiers. Les poubelles des orfèvres Selon Samba Ba, le sable contient de l’or depuis que «les poubelles des orfèvres» sont vidées sur la plage. «Pas vraiment les poubelles, mais les balayures des bijouteries, le sable ou le papier de verre qui servent à poncer les bijoux...». Ces orpailleurs guinéens sont au bout de la chaîne. Ils prélèvent des pelletées à même la plage, étalent le sable sur leurs établis recouverts d’une bande de moquette qui accroche les poussières d’or et d’argent, lavent, rincent, encore et encore, puis recommencent dans des bassines. Entre les bijoutiers et eux, il existe une autre catégorie de récupérateurs, qui achètent aux bijoutiers le contenu de leurs poubelles et utilisent eux aussi la plage et l’eau de mer pour filtrer, tamiser, extraire l’or des détritus. «Ils nous achètent nos balayures, et nous leur rachetons l’or», explique Ibrahim Sow, 31 ans, bijoutier au marché artisanal tout proche fréquenté par les touristes. «Nous n’avons pas le temps de faire cela nous-mêmes, et ils y gagnent toujours», souligne-t-il. Selon lui, certains fouillent même les siphons des lavabos dans lesquels les bijoutiers du marché artisanal se lavent les mains. Les orpailleurs de la plage affirment que le sable renferme de l’or depuis «le temps des colons». Mais les plus anciens sont là depuis trois ans et ne savent donc pas très bien quand les premiers chercheurs d’or sont apparus. Les plus expérimentés apprennent le métier aux derniers arrivés, leur montrent comment faire tourner la bassine, en scruter le fond pour distinguer les précieuses poussières, en quantités infinitésimales. En travaillant, ils écoutent la radio, entendent des nouvelles du pays. «Il paraît que les rebelles sont chez nous», dit l’un d’eux. «Ce n’est pas bon, tout ça», ajoute-t-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Leurs vieux tee-shirts troués, raidis par le sel, les orpailleurs de la plage lavent, frottent, filtrent le sable à la recherche de poussière d’or et d’argent, ultime résidu des bijouteries de la ville. Près du marché aux poissons de Dakar, entre vieux pneus, détritus et chaloupes de pêcheurs, une quinzaine de ces chercheurs d’or s’activent autour de leurs bassines en plastique ou de leurs longs établis de bois inclinés vers la mer. Ce sont tous des immigrés guinéens, venus à Dakar pour y chercher du travail, pour «tenter leur chance». Samba Ba, 58 ans, était «vendeur au marché». Mais cela ne rapportait rien, alors, il y a trois ans, il est devenu chercheur d’or, ce qui ne rapporte pas beaucoup plus, affirme-t-il. Mama Samba Kanté, 35 ans, forgeron, confirme. Il montre au creux de sa main quelques grains de...