Un temps éclipsée par les promesses de la génétique, la stratégie des «vaccins anticancer» refait surface, et les plus gros laboratoires semblent aujourd’hui décidés à mettre le paquet, d’autant plus vite et fort que les traitements traditionnels – chimiothérapie, chirurgie et radiothérapie – marquent le pas. Premier résultat encourageant des efforts entrepris dans la voie vaccinale, à laquelle les chercheurs préfèrent l’appellation moins populaire d’«immunothérapie» : un essai de protection contre le mélanome (cancer de la peau) portant sur 25 patients a entraîné une régression des métastases chez cinq patients et une rémission totale chez deux autres traités depuis plus de trois ans, selon le laboratoire Aventis Pasteur, promoteur de ce travail mené à l’institut Ludwig de Bruxelles et à l’institut Curie de Paris. Le Dr Philippe Moingeon, responsable de la recherche et du développement de ce laboratoire, n’exclut pas d’aboutir, «dans les dix années à venir», à protéger contre certaines formes de cancer, mais aussi contre le sida et la dengue. Cette redoutable maladie tropicale, contre laquelle il n’existe aucun traitement spécifique, progresse à raison de 50 millions de nouvelles contaminations par an... L’idée de mettre au point des vaccins contre les différentes formes de cancer n’est pas vraiment nouvelle mais elle a pâti de n’avoir pas toujours été prise au sérieux. Ce sont les recherches sur le sida qui, en améliorant les connaissances sur les cellules des tumeurs et le système immunitaire, ont remis le concept au goût du jour. Pour faire simple, les scientifiques s’efforcent d’identifier des protéines propres à chaque type de tumeur afin de les intégrer dans un vaccin qui sera ensuite introduit dans l’organisme des malades. L’objectif est de s’attaquer aux cellules tumorales déjà existantes et même en cours de formation. «Idéalement, explique le Dr Moingeon, le vaccin devra être dénué de toxicité et capable de déclencher une réaction de défense à travers tout l’organisme, c’est-à-dire détruire les nodules, mais aussi les métastases, quel que soit l’endroit du corps où elles apparaissent». Pour éviter les rechutes, le vaccin devra aussi être doté d’une mémoire immunitaire afin de reconnaître et de détruire une tumeur semblable à celle qu’il aurait déjà rencontrée et anéantie. Les chercheurs travaillent actuellement dans deux directions : des vaccins prévenant les rechutes susceptibles de survenir après un traitement conventionnel et des vaccins ayant la propriété de ralentir la progression de cancers déjà existants, tout en préservant la qualité de vie des patients. Ils n’excluent pas non plus, «vers 2015», selon le Dr Moingeon, de pouvoir vacciner préventivement des personnes présentant des prédispositions génétiques aux cancers. Ces espoirs reposent, pour l’instant, sur une poignée d’antigènes identifiés depuis une dizaine d’années par les biologistes et qui pourraient servir de cibles – seuls ou ensemble – aux futurs vaccins : l’antigène CEA, présent en excès dans les tumeurs colorectales, la protéine P 53, anormale dans la moitié des cancers, et, dernières identifiées, les protéines Mage, propres aux mélanomes. «En combinant ces protéines entre elles, il devrait être possible de vacciner contre plusieurs formes de cancer, sein, prostate, poumons, pancréas, colon, rectum», énumère, enthousiaste, le Dr Moingeon. Mais ce dernier veut aussi rester prudent : «Beaucoup de choses marchent chez la souris mais pas chez l’homme», souligne-t-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un temps éclipsée par les promesses de la génétique, la stratégie des «vaccins anticancer» refait surface, et les plus gros laboratoires semblent aujourd’hui décidés à mettre le paquet, d’autant plus vite et fort que les traitements traditionnels – chimiothérapie, chirurgie et radiothérapie – marquent le pas. Premier résultat encourageant des efforts entrepris dans la voie vaccinale, à laquelle les chercheurs préfèrent l’appellation moins populaire d’«immunothérapie» : un essai de protection contre le mélanome (cancer de la peau) portant sur 25 patients a entraîné une régression des métastases chez cinq patients et une rémission totale chez deux autres traités depuis plus de trois ans, selon le laboratoire Aventis Pasteur, promoteur de ce travail mené à l’institut Ludwig de Bruxelles et à...