Le dollar est resté recherché hier, à Beyrouth, dans un marché prudent et inquiet au lendemain de la victoire écrasante du chef du Likoud, Ariel Sharon, au poste de Premier ministre en Israël. Bien que cette victoire était attendue, certains opérateurs ont estimé cependant devoir se prémunir par précaution dans la crainte d’une remise en question du processus de paix dans la région avec ses éventuelles retombées sur la scène libanaise. Mais eu égard au niveau déjà très élevé du taux de dollarisation de l’économie libanaise, ce courant de demande ne devait pas prendre beaucoup de dimension. Cela d’autant qu’il s’est heurté à la détermination de la Banque du Liban (BDL) de préserver la stabilité monétaire dans le pays coûte que coûte. Celle-ci, en se déclarant toujours prête à vendre le billet vert à 1 514,00 LL et à l’acheter, quoique théoriquement, à 1 501,00 LL, est parvenue à stimuler parfois quelques offres en cette monnaie au haut de cette fourchette. En effet, le dollar, qui s’est maintenu au taux moyen indicatif de 1 507,50 LL, comme depuis le 9 septembre 1999, devait être pratiquement négocié dans les transactions interbancaires entre 1 513,75 et 1 514,25 LL, avec un point d’ancrage à 1 514,00 LL, ont indiqué les cambistes. Et d’ajouter qu’en raison du potentiel limité de la demande, le volume d’affaires de la journée d’hier n’a pas dépassé quelque huit millions de dollars, en grande partie placés à l’achat et à la vente par les banques de la place. Vulnérabilité du dollar à l’étranger À l’étranger, l’euro a repris des couleurs hier à la mi-journée au-dessus de 0,93 dollar, profitant de la hausse surprise des commandes de l’industrie allemande et malgré la hausse plus forte que prévu de la productivité aux États-Unis. En fait, l’euro a bénéficié du calcul des investisseurs selon lesquels le rythme de ralentissement de l’économie en Europe est moins inquiétant que le reflétait la veille la hausse de 9,3 % du taux de chômage allemand le mois dernier. Cette perspective a été renforcée par la hausse inattendue des commandes dans l’industrie allemande, première économie européenne, qui ont effacé les craintes suscitées par la hausse du chômage dans le pays. Les entrées de commandes dans l’industrie allemande ont enregistré en volume une hausse surprise de 2,7 % en décembre comparé à novembre, ce qui éloigne les craintes de baisse des taux d’intérêt à court terme dans la zone euro. Cela d’autant que le président de la Bundesbank et membre du conseil de la Banque centrale européenne (BCE), Ernst Walteke, déclarait hier à la chaîne de télévision CNN qu’il est encore trop tôt pour baisser les taux d’intérêt dans la zone euro. Du coup, les opérateurs ont moins réagi à la hausse plus importante que prévu de la productivité aux États-Unis, chiffre-clé pour le marché pour juger de l’évolution de la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed). Le rythme de croissance de la productivité aux États-Unis s’est établi à +2,4 % en rythme annuel au quatrième trimestre 2000, après 3 % (chiffre révisé) au trimestre précédent, selon une première estimation publiée hier par le département américain du Travail. Les analystes tablaient généralement sur un gain de productivité de 1,5 % pour cette période. Les opérateurs se sont en revanche inquiétés de la hausse du coût unitaire du travail aux États-Unis de 4,1 % au quatrième trimestre contre 3,2 % au trimestre précédent, qui laisse présager une menace inflationniste dans une économie en voie de ralentissement. Enfin, le marché a ignoré hier une déclaration faite par le secrétaire américain au Trésor Paul O’Neill à la chaîne de télévision financière CNBC, dans laquelle il exprimait son attachement à la politique de dollar fort. «Je crois dans une politique du dollar fort et je ne peux imaginer une situation dans laquelle je pourrais changer cette conviction fondamentale», a-t-il affirmé. Compte tenu de toutes ces considérations, le dollar n’a pas pu se soustraire hier aux influences néfastes des nouveaux chiffres allemands, se négociant à New York sur un ton vulnérable comme suit : – 0,9310 pour un euro contre 0,9315, la veille. – 1,4560 pour un sterling contre 1,4595. – 2,1010 DM contre 2,0995. – 7,0460 FF contre 7,0420. – 1,6515 FS contre 1,6535. – 2 079,80 lires contre 2 078,65. – 116,25 yens contre 114,85. Bourse de Beyrouth : marché stable À la Bourse de Beyrouth, la tendance est demeurée stable hier. Toutes les valeurs ayant fait l’objet de transaction ont reproduit leurs derniers cours de la veille. En effet, l’indice général Lispi de toutes les valeurs libanaises cotées s’est maintenu à 62,40 points ainsi que l’indice partiel LIBX des valeurs bancaires à 141,52 points. Et tout cela dans un marché faible avec au total de 31 352 actions négociées d’une valeur de 33 236 dollars seulement. Sur les places boursières internationales, la tendance est restée volatile sur les marchés américains des valeurs mobilières, la Bourse électronique Nasdaq a renoué avec la baisse alors que Wall Street continuait de présenter une faible résistance à la baisse. Le Nasdaq a accru ses pertes en même temps que Cisco Systems, le numéro un mondial des équipementiers de réseaux abandonnant largement du terrain. Cisco a en fait déçu les investisseurs en annonçant la veille, après la clôture, des résultats inférieurs aux attentes pour la première fois depuis 14 trimestres consécutifs. Le groupe a réalisé pour le deuxième trimestre, terminé le 27 janvier dernier, un bénéfice net par action de 0,18 dollar, soit un cent de moins que les prévisions des analystes. La croissance du chiffre d’affaires (+55 % contre +66 % au premier trimestre) a également ralenti, pour la première fois depuis 11 trimestres, alors que le dirigeant de la société dressait un tableau peu optimiste pour le reste de l’année en mettant l’accent sur le recul des dépenses d’investissement aux États-Unis. En effet, plusieurs maisons de courtage ont aussitôt abaissé la note du titre, entraînant par cela l’ensemble des équipementiers de réseaux, dont Juniper Networks, JDS Uniphase et Lucent, dans le sillage de Cisco. En revanche, Wall Street a trouvé parfois appui dans la grande distribution, surtout après la publication des premières estimations de la productivité américaine au quatrième trimestre 2000. Cela étant, l’indice composite Nasdaq est revenu hier au-dessous du seuil des 2 600 points, pendant que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles fluctuait irrégulièrement entre un plus bas à 10 911,14 points et un plus haut à 11 004,64 points, avant d’afficher en préclôture, à 23h heure de Beyrouth, 10 948,38 points, en légère baisse de 9,04 points sur la veille. Baisse des Bourses européennes Les Bourses européennes ont reculé à des plus bas depuis quatre semaines mercredi en fin d’après-midi, entraînées par les télécoms dans le sillage de France Télécom qui a fortement baissé la fourchette de prix pour l’offre publique de vente (OPV) de sa filiale de téléphonie mobile Orange. Les marchés américains n’ont pas contribué à soutenir la tendance. Le Nasdaq en particulier, souffrant des résultats décevants et des perspectives peu encourageantes publiés par le numéro un mondial des équipements de réseaux informatiques Cisco Systems, est en recul de 4 % en fin d’après-midi. Les marchés européens en ont évidemment souffert. L’indice paneuropéen Eurotop 300 a perdu 1,13 % à 1 510,69 points à son plus bas depuis le 17 janvier et le DJ Euro Stoxx 50 des valeurs de la zone euro a cédé 1,54 % à 4 634,42 à un plancher depuis le 11 janvier. L’indice Dax de Francfort a clôturé en baisse de 1,70 % à 6 578,96 points, et Milan a perdu 1,24 % à 43 083 points. Au palmarès des plus fortes baisses, figurent en bonne place France Télécom et British Telecom qui ont perdu respectivement 6,74 et 5,82 %. L’opérateur français a baissé de dix milliards d’euros le prix d’émission attendu pour Orange dont la première cotation aura lieu mardi prochain. La secousse a touché tout le compartiment. Outre BT, Deutsche Telekom et KPN espèrent introduire en Bourse leurs filiales de téléphonie mobile cette année pour réduire leur endettement accumulé dans leurs investissements dans les réseaux UMTS de troisième génération. BT est poussé à tenir le marché informé de ses projets de restructuration et de cessions ou de cotations de certaines de ses divisions. Le groupe publie jeudi ses résultats du troisième trimestre. Tokyo : reprise technique La Bourse de Tokyo a clôturé en hausse de 0,7 % mercredi, les investisseurs étrangers se mettant en quête de bonnes occasions après quatre jours de baisse consécutifs. L’indice de référence Nikkei-225 a clôturé en hausse de 96,16 à 13 366,01 points. Le Topix de toutes les valeurs a gagné 10,81 points à 1 267,47. «Il y a eu une revalorisation technique, a dit le directeur de Daiwa Securities Shunsuke Nishino. Il y a eu aussi un enthousiasme pour les achats sélectifs du fait que le marché hors cote a monté pour la septième session consécutive». Il a ajouté que le marché a attendu la réunion vendredi de la Banque du Japon, au cours de laquelle des mesures de facilités monétaires pourraient être prises. «Les investisseurs souhaitent aussi que des mesures de soutien au marché d’actions soient formellement prises la prochaine semaine par le parti au pouvoir». Le volume des échanges a atteint 557 millions d’actions, contre 537,4 millions d’actions mardi. Les investisseurs étaient en général réticents à faire monter les prix des actions en raison de la baisse des gains de la majeure partie des compagnies, malgré une reprise de 0,8 % des actions de haute technologie du Nasdaq la veille, ont dit les courtiers. Mardi, Toshiba Corp. avait annoncé ses prévisions de baisse des ventes et des gains pour l’actuelle année fiscale finissant en mars, attribuant cette performance inférieure à la faiblesse de l’économie américaine. Cette annonce a provoqué une pression sur les valeurs technologiques qui ont connu une tendance baissière. «Les opérateurs ont vendu les titres technologiques et de communication parce que la majeure partie de sociétés, comme Toshiba Corp., ont annoncé leurs prévisions de baisse des bénéfices», a dit le directeur produits de Nikko Securities, M. Hiroichi Nishi.
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