Près d’un million de personnes ont été touchées par des coupures tournantes d’électricité dans la région de San Francisco en Californie, où l’état d’urgence a été décrété en raison de la crise énergétique qui affecte le plus riche État du pays le plus riche du monde, payant ainsi une libéralisation ratée du secteur. Le gouverneur Gray Davis a déclaré dans une allocution télévisée qu’il avait demandé au ministère des Ressources en eau de son État d’acheter du courant pour une semaine à dix jours. «Il est de notre devoir de fournir du courant aux foyers et aux entreprises qui font marcher la Californie», a-t-il dit. «C’est une vraie farce que le plus riche État de la nation la plus riche du monde ait ce genre de problèmes dignes du tiers monde», a ironisé le responsable du Trésor Phil Angelides à la télévision KNBC à Los Angeles. Selon M. Davis, la Californie ne pourra couvrir jeudi que 55 % de ses besoins en électricité. Les responsables essayent de s’approvisionner en dehors de l’État et la législature locale va être invitée à débloquer des fonds d’urgence, a ajouté le gouverneur. La Californie, l’État le plus peuplé des États-Unis avec 33 millions d’habitants, a souffert mercredi des premières coupures d’électricité imposées depuis le Seconde Guerre mondiale, une mesure prise pour éviter un effondrement du réseau. Les coupures ont touché des centaines de milliers d’abonnés qui ont opté pour la possibilité de ne plus recevoir de courant en cas de capacités insuffisantes sur le réseau. Ils ont bénéficié en échange de tarifs préférentiels. Résultat : ascenseurs bloqués, feux de signalisation en panne, des restaurants et des magasins contraints de fermer leurs portes. Outre San Francisco, les coupures ont touché Oakland, San Jose, Cupertino et Fremont, au cœur de la «Silicon Valley» où sont rassemblés les fabricants d’ordinateurs et d’équipements électroniques, comme Intel ou Apple. La principale ville de l’État, Los Angeles, et ses près de 15 millions d’habitants, n’a toutefois pas été touchée car elle a choisi de ne pas suivre le mouvement d’ouverture à la concurrence en 1996 et peut souscrire des contrats à long terme sur le marché limitant la hausse des prix et les risques de ruptures d’alimentation. La crise mobilise le gouvernement qui essaye de la résoudre sans apparaître comme venant à la rescousse des deux plus grosses compagnies locales, la Southern California Edison et la Pacific Gas and Electric. Ces deux compagnies ont 11 milliards de dollars de dettes et se disent menacées de banqueroute si elles ne peuvent répercuter sur les consommateurs la hausse du prix du courant. Après une conversation au téléphone avec les responsables des quatre principaux distributeurs d’électricité, M. Davis a indiqué qu’ils étaient d’accord pour ne pas se déclarer en faillite si la loi d’urgence votée mardi soir était définitivement approuvée. Face à cette menace, les fournisseurs extérieurs rechignaient à vendre leur courant. La Chambre des représentants (Chambre basse du Parlement local) californiens, réunie à Sacramento, la capitale de l’État, a passé mardi soir une loi d’urgence donnant la possibilité aux distributeurs d’électricité de conclure des contrats à long terme avec les producteurs, leur permettant ainsi d’acheter l’électricité à des prix stables. Elle doit encore être approuvée par le Sénat (Chambre haute) californien. Cette nouvelle loi constitue une reconnaissance implicite de l’échec des modalités de la libéralisation en 1996. Jusqu’ici, selon les dispositions adoptées en 1996 lors de l’ouverture du marché californien de l’énergie à la concurrence, les distributeurs ne peuvent souscrire que des contrats à court terme. Cela les rend particulièrement vulnérables aux fluctuations des prix qu’ils ne peuvent répercuter sur les consommateurs, en raison d’un plafonnement des tarifs jusqu’au printemps 2002. Jusqu’ici, la Californie était arrivée à trouver dans les États voisins l’électricité qui lui manquait, la payant le plus souvent au prix fort.
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