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Actualités - Reportages

COTE D’IVOIRE - Certains Français veulent quitter leur ancien Eldorado

Installés parfois depuis des décennies dans un pays qui fut un havre de paix et de prospérité, certains ressortissants français avouent à présent être lassés de l’instabilité désormais chronique de la Côte d’Ivoire et parlent ouvertement de départ. Si les Français étaient restés relativement stoïques après le putsch du général Robert Gueï (24 décembre 1999), espérant un rapide retour à la démocratie, ils ont mal vécu les troubles des derniers mois. Après les violences meurtrières qui ont suivi la présidentielle d’octobre et précédé les législatives de décembre, pour beaucoup, la tentative de coup d’État déjouée le 8 janvier a «fait déborder le vase». «En décembre (1999), nous avons été amusés par la nouveauté d’un coup d’État par ailleurs pacifique, en octobre, nous avons préparé une valise au cas où, en décembre nous avons envoyé des affaires qui nous tenaient à cœur en France, aujourd’hui nous prenons nos dispositions pour quitter le pays définitivement», résume une Française vivant en Côte d’Ivoire depuis 30 ans. Ancien pouvoir colonial, la France dispose de quelque 20 000 ressortissants sur le sol ivoirien dont 8 000 binationaux ou trinationaux (franco-libano-ivoiriens). Contrairement à d’autres pays voisins, la Côte d’Ivoire de Félix Houphouêt-Boigny avait privilégié après l’indépendance les bonnes relations avec les ex-colonisateurs, leur accordant notamment quiétude, accès au pouvoir économique et fiscalité favorable au nom du développement du pays. Ainsi à la fin du miracle ivorien des années 1980, les Français étaient encore environ 50 000. Ce chiffre s’est érodé pendant la longue agonie du modèle économique ivoirien, mais de vieux expatriés sont restés et de jeunes nouveaux venus ont continué à s’installer, souvent mus par des motivations financières. Fatigués de l’instabilité Coopérants, militaires, chefs d’entreprise, cadres, techniciens, commerçants, restaurateurs ou enseignants, les Français de Côte d’Ivoire rejoignent aujourd’hui les Ivoiriens en se disant «fatigués» de l’instabilité politique et économique de Côte d’Ivoire. «Trop, c’est trop», dit une enseignante française arrivée il y a 20 ans à Abidjan. «Je ne dors plus, je vais devenir cardiaque à force d’être réveillée par les coups de canon», dit-elle précisant que le lendemain de la tentative de coup d’État de lundi, elle a rédigé une demande de mutation à Dakar. Beaucoup disent ouvertement avoir désormais «réellement peur» pour leur sécurité ou celle de leurs proches. Une véritable psychose règne chez ceux qui veulent partir. Ils refusent notamment d’être nommés et affirment que leur téléphone «est sur écoutes». Le Sénégal semble la destination la plus souvent envisagée par des Français vivant depuis trop longtemps en Afrique pour tenter un retour vers le pays d’origine. «Nous ne pouvons plus rester ici», dit le directeur d’une entreprise se disant pourtant «Ivoirien de cœur» après 25 ans passés dans ce pays. «Tel que cela est parti cela va être un véritable carnage», assure-t-il, «et puis pour le business, l’âge d’or est terminé». Pour les expatriés de fraîche date, le désillusion et la peur sont aussi au rendez-vous. «J’étais attirée par les conditions financières, la possibilité d’avoir une villa et des employés de maison, une belle vie pour nos enfants», avoue sans ambages Christine, venue il y a un an avec son mari, cadre dans une grande société française. Depuis, «le rêve a tourné au cauchemar», dit la jeune femme affirmant que son mari «ne finira pas son contrat de deux ans». Michel, technicien en poste depuis quatre ans à Abidjan, a décidé lundi de faire rentrer définitivement sa femme et ses enfants dans le sud de la France où il les rejoindra dès que son employeur «voudra bien le libérer». Conscient du fait que «les Ivoiriens, eux, n’ont pas la possibilité de fuir», il affirme pour sa part : «Il faut quitter ce pays tant qu’il en est encore temps».
Installés parfois depuis des décennies dans un pays qui fut un havre de paix et de prospérité, certains ressortissants français avouent à présent être lassés de l’instabilité désormais chronique de la Côte d’Ivoire et parlent ouvertement de départ. Si les Français étaient restés relativement stoïques après le putsch du général Robert Gueï (24 décembre 1999), espérant un rapide retour à la démocratie, ils ont mal vécu les troubles des derniers mois. Après les violences meurtrières qui ont suivi la présidentielle d’octobre et précédé les législatives de décembre, pour beaucoup, la tentative de coup d’État déjouée le 8 janvier a «fait déborder le vase». «En décembre (1999), nous avons été amusés par la nouveauté d’un coup d’État par ailleurs pacifique, en octobre, nous avons...