Les «New Bug» ont remplacé les «Coccinelles» psychédéliques et une base de bombardiers B-52 la célèbre prairie proche de New York pour un 30e anniversaire du festival de Woodstock résolument tourné vers la génération MTV. Quelque 200 000 personnes, selon les organisateurs, rôtissaient sur la base aérienne de Griffiss, dans le nord-ouest de l’État de New York, pour y écouter une soixantaine de musiciens parmi lesquels Alanis Morissette, Red Hot Chili Peppers, Willie Nelson, Sheryl Crow, Metallica et, caractéristique du cru 1999, de nombreux rappeurs ou chanteurs de hip-hop. Les «tentes de pluies», des auvents sous lesquels on pouvait prendre une douche rafraîchissante, ne désemplissaient pas. Mais à l’image de ce trentième anniversaire d’un concert de légende, le public, même mouillé, restait décemment vêtu. Seules quelques courageuses osaient les seins nus. «C’est pas grave, mon pote, c’était il y a trente ans, je m’y étais bien amusé, aujourd’hui les gamins s’amusent autrement», commentait Jim, 54 ans, venu du Texas dans son camping-car Volkswagen baptisé «Canabus». Les «gamins» se faisaient prendre en photo avec ce barbu au T-shirt psychédélique... quand ils n’étaient pas trop occupés à envoyer des e-mails ou à utiliser des consoles de jeu sous les tentes ad hoc. Le public comportait des quinquagénaires, certains en BMW et avec leurs enfants, mais surtout des garçons et des filles d’une vingtaine d’années, venus de tout le pays pour écouter DMX, l’un des rappeurs les plus populaires du moment, G. Love, Ice Cube ou Special Sauce. «Ce qui est dur, ce sont les prix», fulminait Sheryl, venue en voisine du Canada. «Cinq dollars pour un hamburger ridicule, quatre pour une petite bouteille d’eau, c’est New York !». Après la version hippie de 1969, et la version tatouages, rock alternatif, piercing de 1994, voici «la revanche du hip-hop, ou l’ascension du b-boy blanc», commentait le New York Times. Visuellement, la foule, presque exclusivement blanche, attestait de l’influence de ces «banjee boys», comme se surnomment depuis plusieurs années les jeunes Noirs passionnés de rap : vêtements très amples, shorts ou pantalons tombant à mi-fesse et laissant apparaître le sous-vêtement, mode faisant allusion à la prison, où les détenus sont privés de ceinture. Les trois jours de concert ont d’ailleurs été ouverts vendredi par celui qui a inspiré rap et hip-hop, le pape de la soul music, James Brown. Un seul des artistes s’étant produit en 1969, Mickey Hart, 55 ans, alors batteur du groupe Grateful Dead, était sur scène le lendemain, avec le Mickey Hart Planet Drum. Woodstock 99 se déroulait sur une base aérienne fermée depuis 1993, pour cause de fin de guerre froide, et un énorme B-52 accueillait les festivaliers. Le dispositif de sécurité de la base, une barrière de 5 mètres de haut surmontée de barbelés, permettait d’éviter la resquille qui avait plongé les organisateurs des éditions précédentes dans le rouge. En prime, 2 800 agents de sécurité, commandés par un ancien chef de la police du métro new-yorkais, veillaient.
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