Un par un, les milliers de pèlerins fourbus, de dévotes en mantille noire et de touristes étrangers franchissent le contrôle de sécurité tatillon pour pénétrer dans la cathédrale, où se déroulait dimanche la grand-messe de la Saint-Jacques. Cette messe attirait d’autant plus de monde à Saint-Jacques-de-Compostelle que 1999 est une année doublement exceptionnelle : il s’agit d’une année jacquaire, ainsi nommée lorsque la fête du saint, le 25 juillet, tombe un dimanche, ainsi que d’une année sainte annonçant le grand jubilé chrétien de l’an 2000. Plusieurs millions de visiteurs sont attendus dans la ville tout au long de l’été. Le temps maussade qui régnait en ce dimanche matin sur la Galice avait dissuadé bien de curieux de se masser sur l’immense place de l’Obradoiro, devant la façade de la cathédrale, pour écouter le concert de cloches et assister à l’arrivée du roi Juan Carlos en grand uniforme, de la reine Sofia et des nombreuses personnalités invitées, dont le président portugais Jorge Sampaio. La cérémonie avait été avancée d’une heure pour permettre au monarque espagnol de se rendre à temps à Rabat pour assister aux funérailles du roi Hassan II du Maroc. Mais l’heure matinale n’avait pas empêché l’intérieur de la cathédrale d’être plein à craquer de fidèles sur leur trente et un ou de pèlerins en short, sac à dos et grosses chaussures de marche. Odeur de transpiration Dans les rangs réservés aux personnalités, les femmes combattaient la chaleur moite à grands coups d’éventail tandis que dans les airs, suspendu à la nef centrale par une corde de cinquante mètres de long, se balançait le «botafumeiro», encensoir géant manié avec une étonnante dextérité, au son des grandes orgues, par cinq «tiraboleiros», solides gaillards vêtus de tuniques rouges. Aussi ancien que la cathédrale, édifiée entre le XIIe et le XVIe siècle, le «botafumeiro» aurait été conçu, dit-on, pour camoufler l’épouvantable odeur de transpiration que dégageaient les centaines de pèlerins après des jours de marche harassante sur les chemins de Saint-Jacques. Plus de 100 000 d’entre eux, venus à pied, à cheval ou à vélo, sont encore attendus cette année dans la ville. Beaucoup ont tout calculé pour arriver à destination le jour de la Saint-Jacques. Ils peuvent alors entrer dans la cathédrale par la «porte sainte», qui n’ouvre que lors des années jacquaires, et accomplir le dernier rite de leur voyage : se recueillir devant la statue du saint et passer rapidement leur main sur la colonne de pierre où, au fil des siècles, les millions de doigts des pèlerins ont creusé de profonds sillons. Patron de la Galice et de l’Espagne, vénéré par de nombreux catholiques espagnols qui voient en lui le symbole de la reconquête de leur pays face à l’islam, Saint-Jacques fait l’objet lors des années jacquaires d’une ferveur particulière, attirant de nombreux visiteurs étrangers. Le Conseil des ministres espagnol, qui se déroule habituellement à Madrid, s’était exceptionnellement tenu cette fois à Saint-Jacques-de-Compostelle en présence du roi, tandis que la plupart des chaînes de télévision du pays retransmettaient en direct les cérémonies religieuses.
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