Le règne de Hassan II a été longtemps marqué par des violations répétées des droits de l’homme et par des «affaires» qui ont largement contribué à ternir l’image du souverain. L’affaire Ben Barka, la séquestration de la famille Oufkir, le bagne de Tazmamart et la détention puis l’expulsion d’Abraham Serfaty ont particulièrement retenu l’attention de l’opinion publique internationale. – L’affaire Ben Barka Retentissante et ténébreuse, l’affaire Ben Barka commence le 29 octobre 1965 par l’enlèvement en plein Paris par deux policiers français de Mehdi Ben Barka, chef de l’opposition marocaine en exil. Figure de proue du tiers-mondisme, ben Barka ne sera jamais retrouvé. Pour quelles raisons fut-il enlevé et sur ordre de qui ? Nul ne le sait. Seules certitudes : de hautes personnalités marocaines, comme le général Mohamed Oufkir, ministre de l’Intérieur, et Ahmed Dlimi, directeur de la Sûreté nationale marocaine, furent mêlés à l’enlèvement de Ben Barka tout comme des truands et plusieurs membres des services de sécurité français. L’implication directe de M. Oufkir et de M. Dlimi, deux collaborateurs très proches de Hassan II, a conduit certains à penser que le souverain avait tiré les ficelles de cette disparition. L’affaire Ben Barka provoqua la colère du général De Gaulle et donna une image inquiétante du régime alaouite. – La séquestration de la famille Oufkir Le général Mohammed Oufkir, homme lige du roi Hassan II, meurt en 1972 dans des conditions controversées. Pour le régime, il ne fait aucun doute qu’il avait été l’instigateur de l’attentat raté, la veille de sa mort, contre le Boeing de Hassan II. Très vite, toute sa famille est placée en «résidence surveillée». L’épouse du général et ses six enfants vont vivre pendant 18 ans dans des conditions difficiles, sans jamais avoir été ni inculpés ni jugés. L’opinion publique ne sera alertée et informée du traitement subi par les Oufkir qu’en avril 1987, au moment où quatre des enfants parviennent à s’échapper de leur «villa-prison». Ils resteront néanmoins encore trois ans en semi-détention avant de retrouver une vie libre, mais dans les limites du royaume. En 1996, à la suite du départ clandestin par le nord du Maroc d’une des filles, toute la famille est enfin autorisée à voyager à l’étranger. – Le bagne de Tazmamart En 1973, deux ans après la tentative manquée de coup d’État de Skhirat – un palais du roi entre Casablanca et Rabat qui fut attaqué par des mutins – et un an après la tentative, ratée également, contre le Boeing de Hassan II, cinquante-huit officiers et sous-officiers sont enlevés de leurs prisons et transférés clandestinement à Tazmamart, dans le sud-est du Maroc. Ces hommes qui, pour la plupart, avaient été condamnés à de légères peines de prison après ces deux coups d’État, vont connaître à Tazmamart durant plus de 18 ans des conditions de vie épouvantables, et trente d’entre eux en mourront. Certains gardiens ayant été corrompus, l’existence du bagne finit par être révélée et les 28 survivants, qu’avaient rejoints une dizaine d’années plus tôt les frères Bourequat, sont libérés fin 1991. – Abraham Serfaty Opposant marocain de confession juive, Abraham Serfaty, âgé aujourd’hui de 73 ans, a été condamné en 1977 à la prison à vie pour «haute trahison et atteinte à la sûreté de l’État (marocain) et à son intégrité territoriale». Membre fondateur du parti et ancien directeur de l’Office chérifien des phosphates, ce transfuge du PCM avait été l’un des principaux responsables de l’organisation clandestine marxiste-léniniste Ilal Amam. Mais ce sont surtout ses positions en faveur du droit à l’autodétermination des populations du Sahara occidental qui lui vaudront les foudres du pouvoir. Après 17 ans de détention et une campagne internationale en sa faveur, les autorités finissent par l’expulser en 1991 en «découvrant» brusquement qu’il était «Brésilien»... Installé dans l’est de la France, Serfaty attend depuis 8 ans le feu vert de Rabat pour rentrer dans son pays.
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