Trente ans après les premiers pas de l’homme sur la lune, les Russes se rappellent encore l’émotion avec laquelle ils ont accueilli la nouvelle malgré les efforts de la propagande soviétique pour minimiser cet événement historique. «Je me rappelle très bien ce jour de juillet. J’étais à Sotchi, au bord de la mer Noire et j’attendais un bébé», raconte Lidia Berezovaïa, une historienne de 53 ans. «Quand nous avons lu la nouvelle placée en quelques lignes à la 3e ou la 4e page du (quotidien) Izvestia, nous avons trouvé que c’était fantastique. J’ai même pensé que c’est une nouvelle époque qui commençait», dit Lidia, épouse d’Anatoli Berezovoï, à l’époque pilote d’avion en Moldavie. Lidia ne savait pas alors que son mari était en train de passer à Moscou une série d’examens pour devenir cosmonaute et que treize ans plus tard Anatoli Berezovoï passerait 211 jours dans l’espace. «Je me souviens que nous n’étions pas du tout jaloux du fait que c’étaient des Américains et non des Soviétiques qui étaient les premiers à fouler le sol de la lune», dit Lidia avec conviction. «Ce sont les autorités qui étaient vexées, car l’Urss préparait son propre programme lunaire», estime-t-elle. Les spécialistes de la propagande soviétique connaissaient bien leur métier et ils avaient réussi à minimiser considérablement l’effet de l’événement, raconte Iouri Gromov, porte-parole du constructeur spatial Energuia. La radio et la télévision ont juste glissé quelques mots sur la nouvelle et les journaux avaient placé quelques lignes à leur avant dernière page, en consacrant leur «une» à l’étalage des dernières conquêtes spatiales soviétiques. Le jour même de l’annonce de la marche sur la lune, les Izvestia affichaient sur leur première page un immense article intitulé : «Un an dans un avion pour les étoiles», révélant une expérience de confinement au sol réalisée par un groupe de cosmonautes soviétiques. L’académicien Léonid Keldych, président de l’Académie des sciences, expliquait le même jour dans la presse que l’Urss poursuivrait un programme d’exploration lunaire par des engins non habités, ce qui, disait-il, serait «moins cher, moins dangereux et plus facile». Une lycéenne française, en stage de russe à Sotchi en juillet 1969, se souvient d’une salle de cinéma dans un centre de vacances pour Soviétiques, qui diffusait quelques jours après l’exploit un film des astronautes marchant sur la lune. «Je n’oublierai jamais le silence glacé qui régnait dans cette salle bondée», raconte-t-elle. «C’est évident que tout le monde ressentait un léger dépit : le premier homme dans l’espace a été un Soviétique, la première femme a été également une Soviétique, et on attendait la même chose pour la lune», admet pour sa part M. Gromov. «Nous voulons donner nos noms à tous les records» du monde, disait une chanson soviétique de l’époque, traduisant très bien l’esprit de la compétition entre deux systèmes politiques. «Nous voulions être les premiers partout, et je me rappelle avoir pensé à propos de la lune : c’est fantastique, mais c’est dommage que ce ne soit pas l’un des nôtres qui y ait marché le premier», se souvient Klara Lvova, une ancienne bibliothécaire de 85 ans. L’Urss’était engagée dès le début des années 60 dans la course à la lune, mais deux bureaux de constructeurs spatiaux travaillaient parallèlement, raconte M. Gromov (Voir par ailleurs). «L’État n’avait pas réussi à concentrer tous les moyens sur un seul programme, c’est pourquoi nous avons perdu», estime-t-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Trente ans après les premiers pas de l’homme sur la lune, les Russes se rappellent encore l’émotion avec laquelle ils ont accueilli la nouvelle malgré les efforts de la propagande soviétique pour minimiser cet événement historique. «Je me rappelle très bien ce jour de juillet. J’étais à Sotchi, au bord de la mer Noire et j’attendais un bébé», raconte Lidia Berezovaïa, une historienne de 53 ans. «Quand nous avons lu la nouvelle placée en quelques lignes à la 3e ou la 4e page du (quotidien) Izvestia, nous avons trouvé que c’était fantastique. J’ai même pensé que c’est une nouvelle époque qui commençait», dit Lidia, épouse d’Anatoli Berezovoï, à l’époque pilote d’avion en Moldavie. Lidia ne savait pas alors que son mari était en train de passer à Moscou une série d’examens pour devenir...