Vendredi 23 juillet, le temple de Jupiter offrira ses marches et son autel à Carmen Linarès et Eva La Yerbabuena, deux vedettes de l’art flamenco. «Noche Flamenca», un spectacle alternant le chant et la danse, est une création pour le Festival de Baalbeck, qui sera reprise l’année prochaine à Paris, au Théâtre du Châtelet. Carmen Linarès est, pour beaucoup de spécialistes, une des plus grandes «cantaoras» de notre époque. Chantant depuis sa plus tendre enfance, elle a été formée par les grands maîtres. Son assiduité et son immense talent l’ont conduite au premier plan de la scène flamenco mondiale. Elle a su aussi s’intéresser à d’autres formes d’art, ne se cantonnant jamais dans un cadre strict. Le théâtre et le jazz l’ont particulièrement attirée : en 1996 et 1997, elle a accompagné, à deux reprises, le «Minotaure Jazz Orchestra» du saxophoniste avignonnais Jean-Marc Padovani, qui disait d’elle : «Les membres de l’orchestre ont été fascinés par cette voix venue se rajouter à l’ensemble comme un phénomène extraterrestre». Elle a aussi accompagné les danseurs Paco Romero et José Molina en Italie et aux Etats-Unis, ainsi que les «bailaoras» Carmen Mora et Merce Esmeralda en Allemagne et au Japon. Sans compter les dizaines de festivals de flamenco à travers le monde qui ont sollicité ses brillantes prestations. Les enregistrements de Carmen Linarès ont reçu de nombreux récompenses, dont, en 1991, le prix de l’Académie française du disque. Parmi les plus connus : «Su Cante», «Canciones Populares Antiguas», «Carmen Linarès, Su Antologia», «La Luna en el Rio», «Cantaoras». Son style inimitable est décrit et salué par l’écrivain espagnol Antonio Munoz Molina : «Il possède la sagesse austère et l’archaïsme profond du chant flamenco, la pureté absolue et la plus dépouillée pour ce qui est de la voix, de la guitare et des claquements de mains». Sa dernière prestation internationale a eu lieu en mars 1999, dans le cadre du Festival de musique de Galicie. Elle partageait la vedette avec, entre autres, Mstislav Rostropovitch et Placido Domingo. Eva Garrido Garcia, surnommée «Eva La Yerbabuena», n’a rien à envier en qualité et en notoriété à Carmen Linarès. Cette danseuse hors-pair, née en 1970, a fait ses classes dès l’âge de douze ans avec Mariquilla, Angustias et Mario Maya. Les compagnies de Rafael Aguilar, Javier Latorre et Paco Moyano, puis celle de Javier Baron et de Merce Esmeralda ont fait partie de sa carrière jusqu’en 1998, où elle fonde à son tour sa propre formation. Elle présente la même année, à la Biennale de Séville, sa création intitulée tout simplement… «Eva». C’est avec une passion tout andalouse que La Yerbabuena parle de son art : «J’exprime, à travers les mouvements de ma jupe, tout ce que Grenade évoque pour moi : la lumière de ses petites fenêtres, l’odeur de ses pelouses, le côté sacré de ses fabriques de gypse, l’incessant cliquètement de ses chutes d’eau…». Le public de Baalbeck aura donc la chance de découvrir cette grande danseuse, qui «sent» le flamenco «du plus profond de son être». Car on ne découvre pas le flamenco. On naît, on brûle et on meurt «flamenco». Le mot signifie «flamand», qualifiant les Gitans venus des Flandres. Il serait une contraction du mot arabe «fel-lal-mangu» (individu errant), ou d’origine espagnole, par le mot «flameante» (flamboyant). De toute façon, comme le «blues» des esclaves Noirs, il est le moyen d’expression d’une minorité, que les intellectuels espagnols de la fin du XIXe siècle ont fortement décrié. C’est en 1922, grâce au concours de Grenade et à l’intervention énergique de Manuel de Falla et de Federico Garcia Lorca, que le «Cante jondo» trouve ses lettres de noblesse.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Vendredi 23 juillet, le temple de Jupiter offrira ses marches et son autel à Carmen Linarès et Eva La Yerbabuena, deux vedettes de l’art flamenco. «Noche Flamenca», un spectacle alternant le chant et la danse, est une création pour le Festival de Baalbeck, qui sera reprise l’année prochaine à Paris, au Théâtre du Châtelet. Carmen Linarès est, pour beaucoup de spécialistes, une des plus grandes «cantaoras» de notre époque. Chantant depuis sa plus tendre enfance, elle a été formée par les grands maîtres. Son assiduité et son immense talent l’ont conduite au premier plan de la scène flamenco mondiale. Elle a su aussi s’intéresser à d’autres formes d’art, ne se cantonnant jamais dans un cadre strict. Le théâtre et le jazz l’ont particulièrement attirée : en 1996 et 1997, elle a accompagné, à deux...