«Agence mannequin recherche pour ses différentes activités le plus beau profil, le corps le mieux balancé, le sourire le plus éclatant, les mains les plus fines...». Tel pourrait être «l’avis de recherche» lancé tous les jours par les différentes agences dont le métier consiste à trouver des «têtes» (et des corps...), découvrir de nouveaux visages et les proposer sur le marché. La chasse à l’homme, ou à la femme, est ouverte à tous. Pas de saison particulière et pas d’horaires fixes pour ces agences qui dispersent leurs «chasseurs» dans tous les lieux publics afin d’y dénicher la perle rare. Seule arme permise, le coup d’œil. Repérée et sortie de sa coquille, cette jeune personne sera alors formée, retouchée – maquillage, coiffure et vêtements inclus – photographiée et enfin lancée dans le monde de la publicité et de la mode et dans les différents concours. «Certaines agences professionnelles font signer à “leurs” mannequins un contrat, qui est en général annuel révèle Michèle, autrefois nouveau talent, aujourd’hui mannequin en période d’éclipse. Dans ce cas là, elles peuvent demander l’exclusivité». L’agence idéale, rare au Liban, se charge de proposer, avec le dynamisme nécessaire, les «books» de leurs mannequins à toutes les maisons de production, ainsi qu’aux photographes de mode, aux organisateurs de défilés et de concours de beauté. «Aucun contrat ne peut se faire sans l’intervention de l’agence, qui prélève sur chaque travail une commission allant de 20 à... 60 %, suivant les agences» Au bout de l’année et une fois lancées, Michèle et d’autres choisissent souvent de voler de leurs propres ailes. Dans cette course au plus beau, tous les coups sont permis. Les agences s’empruntent leurs proies, se volent leurs butins. De nombreux concours sont organisés, rivalisant d’imagination, l’occasion idéale de faire et voir défiler les futurs Miss Beauté, Miss Jambes ou Mister Muscles ! Et d’enrichir notre galerie nationale. La concurrence est serrée, notamment depuis l’avènement au Liban de ces «beautés venues d’ailleurs». Les belles Yougoslaves Mitsi Abi-Nader, avec son «Comité d’élégance au Liban» fut la première à importer d’autres visages, venus surtout de sa Yougoslavie natale. Des cours d’aérobic qu’elle donnait à ses débuts, aux cours de mannequins qui suivront, le pas fut facilement franchi. Dans les années 70, Mitsi apprenait aux femmes à remuer leurs corps sur des musiques endiablées; plus tard, elle apprendra aux jeunes filles à poser sous les regards des professionnels et à marcher au rythme des applaudissements. «À cette époque, précise Mitsi Abi-Nader, il n’y avait pas d’agences de mannequins au Liban. «Elle se chargera donc d’apprendre à des filles de bonne famille», des filles d’ambassadeurs, la file de Mounir Abou Fadel ou mes propres filles», à bien se tenir. Très vite, son métier se précise, pour devenir une «griffe» riche en talents choisis avec le regard d’une professionnelle. «Je travaille surtout la mode. Lancer de nouvelle collections à travers des défilés, des photos et des émissions télévisées. Le plus important, à mes yeux, chez un mannequin, c’est son expression, sa culture et son «intérieur» qui doit savoir parler à une caméra ou à une audience. Et puis, bien sûr, son allure. L’âge idéal varie de 18 à 30 ans. Pour savoir porter des vêtements Haute Couture, il faut une certaine maturité». Ne trouvant plus au Liban ces qualités recherchées, Mitsi s’est tournée vers l’étranger, Paris et la Yougoslavie. «Il n’y a aucun problème à trouver des hommes au Liban, Mais pour la femme, c’est plus compliqué. celles que je recherche n’acceptent plus de faire ce métier ! Alors je voyage souvent, j’ai des contacts partout ! Les personnes, qui je choisis sur place, viennent généralement deux fois par an, en octobre, pour lancer la saison d’hiver, et fin mars pour la saison d’été». Leur programme est organisé à l’avance, les défilés, les tournages et autres séances de photo déjà fixés. «Leur contrat est mensuel, avec une exclusivité de trois ans. Au moindre problème, professionnel ou personnel, je préfère renvoyer la personne dans son pays. Le contrat prend alors fin, mais elle ne peut pas travailler au Liban avant cette période de trois ans». Ces jeunes et belles demoiselles, encore inconnues, débarquent donc chez nous, pour une période de trois à quatre mois. Elles sont logées, nourries et... surveillées par Mitsi. «Je leur fait suivre une formation de 15 jours. Elles apprennent à s’habiller, se coiffer, se maquiller, marcher, selon des critères appréciés au Liban». Certains défilés exigent trois semaines de répétition, le défilé devient alors une chorégraphie et les mannequins des acteurs qui jouent avec leur corps, leur regard et leurs émotions. «C’est quelquefois difficile de pouvoir leur imposer une discipline, nécessaire pour le travail. Elles sont souvent sollicitées, tombent amoureuses ou se laissent envier pour cette liberté nouvelle. À la fin, j’ai hâte qu’elles repartent !». Ce n’est pas vraiment le cas de tout le monde. Jugez-en vous-même par les regards qui se retournent lorsque Mitsi Abi-Nader et ses filles se baladent dans les rues de Beyrouth !
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