Georges Haddad, ses fils et ses petits-fils ont construit un Empire d’images et de son. Plus que de simples acteurs dans ce monde de cinéma, ils ont contribué, chacun à sa manière, à donner au cinéma ses lettres de noblesse. En véritables précurseurs, ils ont réussi à communiquer au public leur passion du septième art. En véritables empereurs, ils ont vu les choses en grand. Grandes réalisations sur très grand écran. L’aventure du cinéma au Liban est liée, voire confondue à celle de cette famille qui en a été le porte-parole, presque le «représentant exclusif» depuis le début de ce siècle. Trois générations se partagent ce long-métrage, dont les premières pages furent écrites par Georges. L’action se situe en 1919. Georges a 29 ans, un ami grec et une nouvelle machine qui, lui dit-on, projette des films. L’idée se développe et se concrétise rapidement. Cette nouvelle attraction va remplacer les chanteurs qui animent les cafés, devenus pour l’occasion des «cafés-cinéma». Pendant que les gens fument et mangent, Buster Keaton et Charlie Chaplin se chargent de les amuser ou de les faire pleurer, au gré des histoires. Le succès aidant, Georges Haddad prend un associé, Nicolas Cattan. La société Cattan et Haddad voit le jour. La paire décide de créer une salle spéciale où des films seront projetés à des spectateurs avisés et déjà impatients de découvrir plus. En 1926, le «Cosmographe» s’installe à la Place des Canons. Il sera remplacé l’année suivante par l’Empire. Trente-six salles différentes germeront, couvrant ainsi tout le Liban et jusqu’à la Syrie. Des salles de 1 500 places, qui permettront aux passionnés des salles obscures de découvrir, au fil des années, le cinéma sonore, le cinéma parlant, le cinéma en couleur et, plus tard, le CinémaScope et le Dolby. En 1956, le père meurt, laissant à ses deux fils Michel et Mario la lourde tâche de reprendre le flambeau dans des conditions difficiles. Michel et Mario, deux personnalités complémentaires Michel, l’aîné, récemment disparu, travaillait déjà avec son père. Mario était en première année de droit. «Nous avons été élevés dans le cinéma», raconte Mario, avec un sourire nostalgique et un faux air de Groucho Marx. À cinq ans déjà, il se faufilait dans les salles de cinéma en attendant son père. «Plus qu’une passion, nous avions le cinéma dans notre sang et notre âme. On ne parlait que de ça à la maison! Nos jouets étaient des petits appareils de projection; nos loisirs consistaient à collectionner des photos d’artistes de cinéma. Mon frère était un amateur, un chercheur. Il adorait le cinéma; il a eu la chance de vivre sa plus belle période, les années 40». En 1956, l’association Cattan-Haddad prend fin. Michel et Mario choisissent, en suivant le conseil de leur père, de garder une seule salle, l’Empire de la Place des Canons, cédant ainsi les 36 salles restantes. «Cette salle nous a toujours porté chance», leur dira Georges sur son lit de mort. Il ne s’était pas trompé. Très vite, l’Empire des «Fils de Georges Haddad» s’élargit. Il se déplace vers la rue Hamra, devenue le centre intellectuel de la capitale. L’Eldorado, l’Étoile, l’Edison et le Colisée offriront aux spectateurs de qualité un grand choix de films. Et de disques. Nous avions commencé par installer un kiosque de musique à l’entrée du cinéma Empire, que nous avions baptisé «la Discothèque de l’Empire». Cette discothèque deviendra quelques années plus tard «Top Ten», une chaîne de magasins spécialisée dans la vente de disques et de hi-fi. «Avec chaque nouvelle salle, nous avons créé un nouveau Top Ten». Sons et images seront depuis lors inséparables. En 1975, la guerre oblige les Libanais à déserter Beyrouth. Les salles de l’Espace deviennent un repère et le cœur de Jounieh. L’histoire de ces salles a accompagné, presque illustré l’histoire du pays, ses changements, son évolution. «Nous avions toujours prévu et presque devancé les événements. Michel et moi étions tout à fait complémentaires. Il était l’artiste, et moi l’homme d’affaires». Une complémentarité couronnée par la réussite. Dans les années 90, les gens retrouvent la capitale, le «Grand-Beyrouth» renaît. Michel et Mario Haddad innovent. Les salles deviennent plus spécialisées, mieux adaptées au goût du jour. D’autres petits Empire naissent… Georges, Mario Jr, et Gino Et d’autres petits Haddad naissent. Georges , fils de Michel, Mario Jr et Gino, fils de Mario. Georges s’occupe principalement de l’organisation et de la direction des Top Ten et notamment le côté hi-fi. Mario Jr est responsable du département marketing et père de la revue Movie Guide. «Je me vois dans mes deux fils. Junior a pris de moi l’amour du cinéma. La passion, il l’a prise de son oncle. Gino a hérité mon sens des affaires, sa passion, c’est la gérance». En parfait «Business Development Manager», il gère les comptes, les employés et les nouvelles salles. Le nouveau duo, devenu trio, se complète parfaitement, comme autrefois le père et l’oncle. «Je leur souhaite de rester unis, comme je l’ai été avec Michel durant 40 ans». Et de poursuivre cette affaire de famille à laquelle ils viennent à présent ajouter un souffle nouveau.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Georges Haddad, ses fils et ses petits-fils ont construit un Empire d’images et de son. Plus que de simples acteurs dans ce monde de cinéma, ils ont contribué, chacun à sa manière, à donner au cinéma ses lettres de noblesse. En véritables précurseurs, ils ont réussi à communiquer au public leur passion du septième art. En véritables empereurs, ils ont vu les choses en grand. Grandes réalisations sur très grand écran. L’aventure du cinéma au Liban est liée, voire confondue à celle de cette famille qui en a été le porte-parole, presque le «représentant exclusif» depuis le début de ce siècle. Trois générations se partagent ce long-métrage, dont les premières pages furent écrites par Georges. L’action se situe en 1919. Georges a 29 ans, un ami grec et une nouvelle machine qui, lui dit-on, projette des...